Les 5 et 6 octobre, le Learning Show a réuni près de 1000 professionnels de la formation, de l’innovation et de la pédagogie à Rennes. Pour sa 9e édition, l’événement a placé l’humain, l’évolution des modèles de formation et l’impact de l’intelligence artificielle au cœur des échanges. Estelle Adam, co-organisatrice de l’événement, revient sur les principaux enseignements de cette édition.
Qu’est-ce qui a fait le succès du Learning Show cette année ?
Son programme : plus de 115 ateliers d’une heure et quart animés par 150 intervenants, des controverses et des débats autour des sujets d’actualité du secteur, ainsi qu’un village d’une vingtaine d’exposants. Pour l’ouverture, nous avons accueilli Najat Vallaud-Belkacem en tant que grand témoin. Elle a proposé un focus sur la question de l’addiction aux écrans. Une position qui invite à prendre de la hauteur sur ce sujet qui vient bousculer notre société, à tous les âges. Le « Learning Show » n’est pas un salon classique puisque l’événement se vit comme une expérience immersive : les acteurs viennent y chercher du contenu, des pédagogies à expérimenter, du réseautage dans un espace convivial où le formel et l’informel se mêlent et où naissent souvent projets et partenariats.
Quel était le fil rouge de cette édition ?
Le fil rouge de cette édition était « prendre soin de soi et des autres ». L’idée était de rappeler que, dans un contexte où l’IA transforme le monde de l’éducation et de la formation, l’humain doit rester au centre des préoccupations. Mieux se connaître permet aussi de mieux connaître les publics que l’on accompagne et de mieux prendre soin des apprenants. Cette réflexion prenait d’autant plus de sens dans un contexte politique – celui des mobilisations lycéennes notamment -, économique et social très mouvant. Le « Learning Show » a ainsi voulu offrir une forme de « bulle de fraîcheur et de respiration » pour donner aux participants l’occasion de prendre de la hauteur, de découvrir des pratiques positives et de réfléchir à la manière dont ils peuvent eux-mêmes contribuer à faire évoluer leur établissement.
Quelles préoccupations avez-vous vu émerger ?
Une des grandes préoccupations qui sont apparues est l’évolution du modèle économique des organismes de formation, aussi bien dans les ateliers que dans les échanges informels. Le secteur est confronté à des incertitudes économiques et politiques : ralentissement de l’activité des entreprises et ses conséquences sur l’emploi et l’alternance, diminution de certaines aides publiques, baisse des financements destinés la formation des demandeurs d’emploi… Certaines entreprises ont aussi davantage tendance à former leurs salariés en interne plutôt qu’à faire appel à des organismes extérieurs. Des réflexions ont porté sur la nécessité de repenser les modèles existants, plutôt que d’y ajouter simplement des nouvelles technologies.
Où en est l’IA dans les pratiques de formation ?
L’IA est désormais très présente, mais les niveaux de maturité restent différents selon les organismes et les professionnels. Le « Learning Show » a notamment permis de découvrir des outils destinés à faire gagner du temps aux formateurs sur les tâches chronophages afin qu’ils puissent se concentrer sur leur valeur ajoutée : les retours individualisés, l’accompagnement et l’engagement des apprenants. L’enjeu est de faire de l’IA une alliée du métier. Cela suppose aussi un cadrage et une stratégie à l’échelle des organismes de formation et des écoles ainsi qu’un accompagnement des apprenants dans l’appropriation de ces technologies. L’IA vient ainsi transformer à la fois les pratiques des formateurs, les parcours des apprenants et la manière même de concevoir la formation.
Quels sont finalement les grands enseignements à retenir de cette édition ?
Trois grandes tendances se dégagent. La première est la nécessité de prendre soin de soi et des autres et de mieux se connaître pour mieux accompagner les apprenants. La deuxième est l’interrogation croissante sur l’écosystème : face aux évolutions des financements et des usages, les acteurs doivent réfléchir à de nouveaux modèles, même s’il n’existe pas de réponse unique à même de s’imposer. La troisième est évidemment l’IA, qui bouscule les outils et les rôles des formateurs comme des apprenants. Dans les trois cas, le même enjeu apparaît : prendre de la hauteur pour ne pas simplement adapter à la marge les modèles existants, mais se demander comment répondre au mieux aux besoins réels des personnes et des entreprises.
