Annoncée en décembre 2025, la fusion entre Coursera et Udemy n’est pas qu’un simple rapprochement de deux acteurs majeurs de l’éducation en ligne. Elle révèle le basculement d’un secteur pris entre la fin de l’euphorie post-Covid et la montée en puissance de l’intelligence artificielle, selon Mathieu Nebra, co-fondateur d’OpenClassrooms.

Quel est l’équilibre réel des forces entre Udemy et Coursera ?

Udemy est une marketplace de cours en ligne où chacun peut créer et vendre des formations, ce qui lui permet d’avoir un catalogue extrêmement vaste mais de qualité inégale. Coursera, à l’inverse, repose sur un modèle académique : les contenus sont produits par des universités et des entreprises reconnues, avec à la clé des certificats et parfois de véritables diplômes. L’opération est présentée comme une fusion. Mais dans les faits, Coursera domine : ses actionnaires détiendront environ 60 % du nouvel ensemble, contre 40 % pour ceux d’Udemy. La marque Coursera devrait ainsi s’imposer. On est dans une fusion en apparence équilibrée, mais qui est en réalité traversée par un rapport de force.

Pourquoi estimez-vous qu’Udemy est plus vulnérable face à l’IA ?

Udemy repose sur un modèle où les contenus sont produits par des individus, sans accréditation institutionnelle ni marque forte. Or, ce type de contenu est précisément celui que l’IA peut reproduire. Coursera, de son côté, bénéficie de la valeur symbolique et économique des institutions partenaires : les universités, les grandes entreprises comme Microsoft, les diplômes délivrés… Dans l’enseignement supérieur, la marque joue un rôle décisif. C’est cette asymétrie qui explique que c’est Coursera qui prend l’ascendant dans la fusion : tandis qu’Udemy accumule des volumes importants de contenus, Coursera détient des signes de reconnaissance que l’IA ne peut pas facilement remplacer.

Cette fusion est-elle une réponse à l’essor de l’IA ?

Cette fusion est un réflexe défensif face à l’émergence de l’IA. Les plateformes de contenus perçoivent l’IA comme un concurrent direct capable non seulement de produire des contenus pédagogiques, mais aussi de servir elle-même de canal d’apprentissage. Demain, on pourrait apprendre directement en dialoguant avec une IA plutôt qu’en suivant un cours structuré sur une plateforme. Même si la qualité actuelle des contenus générés par l’IA n’est pas toujours convaincante, les investisseurs anticipent une amélioration rapide de ces outils. Cette anticipation crée une forme d’inquiétude stratégique, qui pousse les acteurs à se consolider pour résister à ce bouleversement.

Que révèle cette fusion sur l’avenir de l’EdTech ?

Cette opération marque la fin de l’euphorie post-Covid, période durant laquelle les EdTech était fortement valorisées. Aujourd’hui, les valorisations ont chuté et le marché entre dans une phase plus exigeante. Surtout, elle confirme l’idée que le contenu est devenu une commodité. La raison est simple : il existe en abondance, y compris lorsqu’il s’agit de contenu de qualité. Mais cette abondance le rend difficile à monétiser. La valeur se déplace donc ailleurs : vers la certification, la preuve de compétence, l’accès à l’emploi… À terme, les acteurs qui s’en sortiront le mieux seront ceux qui intègreront l’IA dans leur modèle et qui pourront proposer autre chose que du contenu brut : une expérience, une reconnaissance, une acquisition réelle de compétences…