À l’heure où l’intelligence artificielle générative s’impose dans les pratiques quotidiennes des élèves, l’école ne peut plus se contenter d’interdictions ou de discours abstraits. Comment intégrer ces outils sans renoncer aux exigences institutionnelles ? Retours d’usages concrets de l’IA en classe et même en dehors.
Selon un sondage Ifop mené en octobre 2025, la quasi-totalité des jeunes âgés de 16 à 25 ans (89 %) ont déjà utilisé un outil d’IA générative tels que ChatGPT, Gemini, Perplexity ou Claude, contre 43 % dans l’ensemble de la population. Face à ce constat, Antoine Cavalier, professeur d’histoire-géographie, estime que le rôle des enseignants est de donner aux élèves des clés pour une utilisation raisonnée, plutôt que d’ignorer ou de diaboliser leurs usages, désormais quotidiens. « L’IA générative, définie par la CNIL comme un outil capable de produire des contenus plausibles mais parfois inexacts, doit être abordée comme un document à interroger. C’est dans cette optique que j’ai conçu une séquence pédagogique en classe de troisième qui concerne la mortalité des soldats français de la Première Guerre mondiale. La séquence est fondée sur une « simulation de recherche » à partir de résultats fournis par ChatGPT », a-t-il expliqué dans le cadre d’un webinaire organisé par lelivrescolaire.fr.
Une analyse critique des contenus générés par l’IA
La démarche conçue par l’enseignant se déroule en trois temps : d’abord l’analyse critique d’un texte issu de l’IA, où les élèves identifient à la fois les avantages (synthèse, clarté apparente) et les limites (manque de précision, justification absente). Vient ensuite un temps de confrontation avec des documents classiques et sourcés (textes d’historiens, témoignages, graphiques, données issues de sites institutionnels comme Mémoire des Hommes). Enfin, la séquence prévoit une mise en comparaison dans un tableau qui permet d’enrichir, corriger et structurer les connaissances, jusqu’à produire un développement construit ou une argumentation. « Ce cas d’usage a montré que l’IA est un point d’entrée motivant, mais jamais une fin en soi. L’objectif est de désacraliser l’outil, de montrer qu’il n’offre pas de réponse miraculeuse et que le véritable travail intellectuel naît du croisement des sources, du temps long de l’analyse et de l’exercice du jugement critique. »
L’IA comme outil de correction
L’IA permet également de faire gagner du temps aux enseignants dans la correction de copies. Nicolas Cuttaz, professeur de mathématiques et formateur à l’académie de Lyon, a engagé une expérimentation de correction assistée par l’IA. « Après avoir défini un périmètre limité d’expérimentation, je me suis associé à une collègue enseignante de français afin de tester l’outil Ed.ai en conditions réelles, avec la volonté d’améliorer la qualité de l’accompagnement des élèves », indique-t-il. Concrètement, Ed.ai se présente comme un assistant pédagogique conforme au RGPD et intégré à l’ENT, ce qui en facilite l’adoption. « L’outil propose une pré-correction des copies fondée sur une analyse fine des compétences et savoir-faire évalués, puis génère des activités de remédiation différenciées », indique-t-il. Pour lui, l’intérêt réside dans le fait que la correction ne s’arrête plus à un commentaire souvent peu exploité par les élèves, mais prend la forme d’un prolongement pédagogique adapté à chacun. Il réside aussi dans la facilité de prise en main. « Les copies anonymisées peuvent facilement être déposées dans l’outil après avoir été scannées. Enfin, le professeur peut personnaliser le ton employé dans les commentaires générés, par exemple en les rendant plus bienveillants », conclut-il.
L’IA pour aider les élèves à mémoriser
Autre usage de l’IA possible : générer des exercices de mémorisation. Par exemple, Caramel, qui est un outil libre des communs numériques éducatifs destiné aux enseignants, permet de créer rapidement des exercices de ce type et de les intégrer dans les ENT via Éléa, la plateforme d’apprentissage du ministère de l’Éducation nationale. « Concrètement, l’enseignant importe un simple fichier PDF de cours dans l’application Caramel, qui l’analyse et génère automatiquement différents types d’exercices (cartes mémoire ou de dialogue, textes à trous, quiz). Ces fichiers sont ensuite intégrés dans Éléa pour constituer des parcours pédagogiques accessibles aux élèves en classe ou à la maison », explique Antoine Cavalier. Les élèves peuvent refaire les activités pour s’auto-évaluer. L’enseignant, de son côté, suit leur progression et peut modifier les contenus générés. « Malgré une prise en main initiale un peu chronophage, l’outil permet un fort gain de temps, une meilleure réflexion sur la mémorisation et une réutilisation durable des activités », conclut-il.
