En partant du concret pour aller vers l’abstrait, la méthode de Singapour transforme l’apprentissage des mathématiques. Son succès s’illustre par des résultats impressionnants dans les classements internationaux comme PISA. Toutefois, son adoption en France soulève des défis plus larges que la simple transposition d’une méthode, selon Aghilas Hached, fondateur de Groupe Réussite.
Sur quels principes la méthode de Singapour repose-t-elle ?
La méthode de Singapour est une méthode d’enseignement des mathématiques qui a été développée dans les années 1980. Elle repose sur une progression des apprentissages qui conduit l’élève du concret vers l’abstrait. Avant d’aborder les symboles mathématiques, l’enseignant invite les élèves à manipuler des objets du quotidien, puis à utiliser des représentations visuelles et des schémas. Ce n’est qu’ensuite que les notions abstraites et les écritures mathématiques sont introduites dans l’enseignement. Pour enseigner les fractions par exemple, on part d’objets familiers avant d’arriver progressivement aux opérations. Cette démarche vise à rendre les mathématiques plus intuitives.
Pourquoi cette méthode suscite-t-elle autant d’intérêt aujourd’hui ?
La méthode de Singapour bénéficie des excellents résultats obtenus par la cité-État dans les enquêtes internationales PISA, où elle figure régulièrement parmi les meilleurs systèmes éducatifs du monde. Toutefois, attribuer cette réussite à la seule méthode pédagogique serait réducteur. Singapour a surtout massivement investi dans la formation des enseignants, valorisé le statut social des mathématiques comme une véritable culture scientifique et construit une politique éducative cohérente sur plusieurs décennies. La méthode constitue donc un levier parmi d’autres au sein d’une stratégie globale beaucoup plus ambitieuse.
Pourquoi la France peine-t-elle à obtenir les mêmes résultats ?
La difficulté française ne réside pas dans l’absence de plans ou de réformes, mais davantage dans leur manque de continuité. Depuis plusieurs années, les orientations concernant l’enseignement des mathématiques ont été régulièrement modifiées : réforme du lycée, suppression puis réintroduction partielle des mathématiques dans le tronc commun, nouvelles épreuves au baccalauréat, évolution de la formation des enseignants… Cette instabilité contraste avec l’approche de certains pays comme Singapour, où les politiques éducatives sont pensées sur plusieurs décennies. À cela s’ajoute une perception souvent négative des mathématiques en France. En effet, cette discipline y est considérée comme une matière de sélection plutôt que comme un outil de compréhension du monde.
La France est-elle réellement en difficulté en mathématiques ?
La situation française est contrastée. Le pays continue de former une élite scientifique de très haut niveau, comme en témoignent ses nombreuses distinctions internationales, notamment les médailles Fields. Certaines classes préparatoires et certains lycées d’excellence permettent à leurs élèves d’atteindre un niveau remarquable. En revanche, les enquêtes internationales qui évaluent le niveau moyen de l’ensemble des élèves montrent que c’est précisément sur ce point que la France recule depuis plusieurs années. Le véritable enjeu n’est donc pas la formation des meilleurs élèves, mais la capacité du système à élever le niveau général des jeunes et à réduire les écarts de réussite.
La méthode de Singapour peut-elle être une solution pour la France ?
Son approche pédagogique présente des atouts réels. En introduisant progressivement les concepts, elle favorise la compréhension, la verbalisation du raisonnement et une relation plus sereine aux mathématiques. Des enseignants français s’y intéressent déjà, notamment dans le primaire. Cependant, reproduire une méthode ne suffira pas à inverser des décennies de difficultés. Son efficacité dépend d’une formation solide des enseignants, d’une mise en œuvre cohérente à long terme et d’une réflexion sur la place accordée aux mathématiques dans la société. À l’heure où l’intelligence artificielle et les technologies numériques prédominent, la question dépasse celle d’une méthode pédagogique : elle concerne la capacité des citoyens à comprendre le monde dans lequel ils évoluent.
