Dans un système éducatif où les niveaux des apprenants sont fortement disparates, la personnalisation des apprentissages apparaît comme le défi majeur que le monde de l’enseignement doit relever. Selon Thierry de Vulpilières, CEO d’EvidenceB, l’enjeu est d’autant plus important que la France doit faire face à un phénomène massif de décrochage scolaire.

Quelle est la mission d’EvidenceB ?

Lancée fin 2019, notre start-up s’intéresse au segment K12 (écoles, collèges, lycées). Elle fournit aux professionnels de l’éducation des modules d’exercices et d’activités dans des domaines disciplinaires comme les mathématiques ou les langues, et bientôt les sciences et l’histoire-géographie. Notre offre repose sur deux caractéristiques : elle est conçue et développée par des chercheurs en sciences cognitives et elle décline des batteries d’exercices adaptatifs renforcés par un moteur d’intelligence artificielle. En vertu de ces deux aspects, nous nous positionnons sur la méthode de l’adaptive learning dans le but d’appuyer la personnalisation des parcours scolaires.

Comment l’IA peut-elle soutenir l’éducation ?

L’IA conçoit, en fonction des datas laissées par les élèves, les parcours les plus efficaces pour chacun d’eux. Or, la personnalisation des apprentissages, recommandée par l’Unesco, est précisément l’objectif que les systèmes éducatifs souhaitent atteindre. L’IA permet de développer des solutions qui dotent les professeurs de ressources et de tableaux de bord, leur donnant ainsi la possibilité de suivre, même à distance, les progrès de leurs classes. En effet, puisque les algorithmes génèrent les exercices qui conviennent à leurs progrès, les élèves gagnent en autonomie. L’IA est également une réponse au décrochage scolaire. En France, 150 000 apprenants quittent chaque année le système éducatif. Les conséquences sociales sont importantes : le taux de chômage des non-diplômés est 3 fois plus élevé que celui des titulaires d’un diplôme de niveau Bac + 2.

Où en est-on, en France, en matière de personnalisation ?

Aujourd’hui, nous n’en sommes qu’à la phase de dématérialisation. Nous constituons des manuels numériques, des banques de ressources d’images et de textes, des plateformes LMS, des ENT… Cette numérisation ne représente pas d’innovation pédagogique majeure. Les solutions permettant une véritable remédiation pédagogique sont donc encore manquantes. Les professeurs ont pourtant à gérer des classes fortement hétérogènes. Et puisque l’éducation pour tous n’est pas l’éducation pour chacun, ils sont confrontés à la difficulté de suivre chaque élève tout en voulant être au plus près de la pédagogie différenciée. C’est la raison pour laquelle l’adaptive learning est l’allié numéro 1 des enseignants dans cette démarche.

Quels autres enjeux éducatifs voyez-vous émerger ?

La crise du Covid-19 a accéléré l’utilisation du numérique dans l’enseignement. Puisque beaucoup de start-up éducatives sont nées, l’abondance des produits appelle un examen scientifique de leur apport pédagogique. Il devient ainsi essentiel que des évaluations scientifiques rigoureuses de l’efficacité des ressources soient réalisées. Par exemple, puisque nous nous appuyons sur le concept d’« éducation fondée sur les preuves », nous avons réalisé une étude d’impact avec un chercheur du conseil scientifique de l’éducation nationale dans le but de vérifier la validité de notre produit Adaptiv’Math. L’enjeu est important car ce sont bien les protocoles rigoureux qui permettent de prouver l’efficacité scientifique des solutions, donc de favoriser un ancrage du numérique éducatif dans les écoles.