À la tête de Réseau Canopé depuis janvier 2026, Samuel Vitel succède à Marie-Caroline Missir et prend les rênes d’un opérateur en pleine transformation, désormais centré sur la formation continue des enseignants. Son objectif est d’incarner une approche à la fois institutionnelle et ancrée dans les réalités du terrain. Entretien.
Quel est votre parcours ?
Mon parcours est atypique : j’ai rejoint l’Éducation nationale en 2010 en tant que travailleur social. J’ai ensuite évolué sur des missions variées, notamment en ingénierie de projet sur des fonds européens et sur les questions de décrochage scolaire. En 2024, j’ai intégré le cabinet d’Anne Genetet (ex-ministre de l’Éducation) comme conseiller social, en lien avec les organisations syndicales et sur les enjeux liés aux valeurs de la République et à la laïcité. Avec l’arrivée d’Élisabeth Borne rue de Grenelle, j’ai rejoint la direction du cabinet comme directeur de cabinet adjoint. Tout au long de ce parcours, j’ai été constamment en prise directe avec les problématiques éducatives.
Quelle doit être, selon vous, la mission prioritaire de Réseau Canopé ?
Réseau Canopé a connu une transformation importante, qui s’est achevée en 2025, en passant d’un métier d’éditeur de ressources pédagogiques à un organisme de formation tout au long de la vie des enseignants. Aujourd’hui, notre mission est de contribuer à la formation de l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale et des acteurs éducatifs, en développant des ressources et des parcours adaptés à leurs besoins. L’objectif est d’accompagner la transformation des pratiques, la montée en compétences des enseignants et des acteurs éducatifs. Notre stratégie repose sur trois piliers : l’innovation pédagogique, la qualité du service et l’ancrage territorial.
Que souhaitez-vous améliorer dans l’offre de Réseau Canopé ?
L’offre est globalement riche et répond de mieux en mieux aux besoins du terrain, comme le montre le bilan d’activité 2025 de notre établissement. Plusieurs points d’amélioration demeurent. D’abord, la lisibilité : nous avons une grande diversité de formats. C’est une force, mais elle peut rendre l’accès aux parcours plus complexe. Ensuite, l’ancrage dans les réalités de terrain : il faut en permanence adapter notre offre à des besoins qui évoluent rapidement. Enfin, il y a un enjeu de cohérence avec les académies et les dispositifs existants, pour construire des parcours lisibles et articulés. Nous devons aussi continuer à adapter nos formats, déjà hybrides, pour répondre aux contraintes des enseignants. Si l’ancrage dans le terrain est une vigilance permanente, la lisibilité des parcours reste notre chantier d’amélioration prioritaire.
Quel rôle Réseau Canopé peut-il jouer face à l’essor de l’intelligence artificielle ?
Notre rôle est d’abord d’accompagner les enseignants et les élèves dans l’appropriation de l’IA, en leur donnant les clés pour des usages éclairés, critiques et responsables. Nous ne sommes pas là pour prescrire, mais pour outiller les enseignants afin qu’ils puissent eux-mêmes guider leurs élèves. Cela passe par des formations, des événements comme la Semaine de l’IA pour tous ou des séminaires sur les humanités numériques. Nous travaillons en étroite collaboration avec la Direction du numérique éducatif pour aligner nos actions sur les priorités ministérielles avec une attention particulière portée à la sécurité des données et à la souveraineté numérique. Cet engagement se traduit notamment via les Territoires Numériques Éducatifs (TNE), un dispositif qui propose des solutions adaptées et sécurisées pour accompagner la transformation numérique de l’école dans des départements pilotes.
Comment envisagez-vous les partenariats avec la filière EdTech dans les années à venir ?
Les partenariats avec les EdTech sont déjà bien engagés, notamment à travers les Territoires numériques Educatifs, actuellement déployés dans 12 départements. Ce dispositif permet de mettre à disposition gratuitement des enseignants 68 solutions numériques éducatives des EdTech. Son extension à la rentrée 2026 permettra d’en élargir significativement la portée. Ensuite, Réseau Canopé a mis en place un dispositif appelé « L’accélérateur ». Il vise à accompagner les EdTech souhaitant mieux appréhender le fonctionnement de l’Éducation nationale. Il repose sur un cadre de confiance structuré autour de trois exigences : la pédagogie, avec une valeur ajoutée démontrée en lien avec les programmes ; la technique, incluant notamment le respect du RGPD, l’accessibilité et l’ergonomie ; et l’éthique, pour garantir des usages responsables. Enfin, nous consolidons cette dynamique à travers des partenariats structurants, au niveau national comme régional, avec EdTech France et l’Afinef.
