La baisse du nombre d’élèves s’annonce comme l’un des grands bouleversements à venir pour l’école française. Mais le débat reste ouvert : faut-il y voir une menace pour le système éducatif ou, au contraire, une occasion de le transformer en profondeur ? Car derrière les chiffres, c’est toute la manière d’enseigner et de penser la réussite des élèves qui se trouve interrogée.
Selon le scénario dit « intermédiaire » du service statistique du ministère de l’Éducation nationale, les effectifs scolaires des secteurs publics et privés sous contrat diminueraient de 1 676 800 élèves à l’horizon 2035. C’est une évolution importante, représentant une baisse de 14,2 % par rapport à la population scolaire actuelle. « Cette diminution serait plus marquée dans le premier degré (- 933 000 élèves, soit – 15,2 %) que dans le second degré (- 743 800 élèves, soit – 13,2 %) », indique le ministère.
Faut-il y voir une crise démographique, ou au contraire une opportunité pour le système éducatif ? Caroline Maitrot, co-fondatrice de Nomad Education, penche pour la deuxième hypothèse. Pour elle, « le problème de l’école aujourd’hui ne tient pas au manque de budget, qui est déjà très élevé, mais à son fonctionnement global. Des classes moins chargées pourraient permettre une meilleure attention portée à chaque élève, ce qui favoriserait la réussite, notamment dans le primaire et le secondaire », soutient-elle.
De meilleures conditions de travail pour les enseignants
À la rentrée 2025, on comptait en moyenne 21,3 élèves par classe en maternelle et 20,7 en élémentaire (du CP au CM2), soit une baisse significative par rapport à 2015 (24,5 en maternelle et 23,1 en élémentaire). Dans le second degré, les classes de collège accueillaient en moyenne 25,8 élèves et celles de lycée général et technologique 30,3 élèves en 2023, des chiffres parmi les plus élevés d’Europe. Résultat : 86 % des enseignants de collège et lycée en poste se disaient « désabusés » en 2025, selon une enquête du Snes-FSU, reflétant un moral en berne face à la surcharge des classes et aux difficultés structurelles du métier.
Selon Caroline Maitrot, des effectifs plus réduits pourraient justement améliorer les conditions de travail et permettre un accompagnement plus individualisé, « sans pour autant résoudre tous les problèmes structurels, comme la formation ou la rémunération des professeurs ». Elle met aussi en avant la nécessité de revaloriser le métier d’enseignant : « C’est important aussi bien sur le plan salarial que symbolique. Il faut également repenser leur formation initiale pour susciter de véritables vocations. »
Une alerte pour l’enseignement supérieur privé
L’intelligence artificielle suscite un espoir réel pour démocratiser la personnalisation des apprentissages, en offrant des outils capables d’adapter les contenus pédagogiques aux besoins spécifiques de chaque élève. « C’est une promesse qui tient la route. Cependant, c’est la relation humaine qui doit rester au cœur de l’éducation. Le rôle du professeur est irremplaçable dans la transmission des savoirs, la motivation des élèves et l’éveil de leur curiosité », souligne Caroline Maitrot. Côté EdTech, la baisse démographique ne sonne pas comme une alerte rouge. Au contraire, pour les acteurs tournés vers le grand public, « leur marge de croissance reste importante », explique-t-elle.
En effet, la demande en solutions innovantes (plateformes d’apprentissage, outils de suivi individualisé, ressources numériques) devrait progresser, portée par la volonté des établissements de combler les lacunes ou d’offrir un accompagnement de qualité. « Le seul secteur qui risque d’être fragilisé par la baisse du nombre d’étudiants, c’est celui de l’enseignement supérieur privé. Comme le modèle économique des écoles privées repose souvent sur des effectifs élevés et en croissance, une diminution du nombre d’inscriptions risque d’entraîner des difficultés financières. Dans ce contexte, ces établissements devront repenser leur stratégie pour s’adapter à cette nouvelle équation », prévient-elle.
