Un an et demi après une première levée de 1,7 million d’euros, Ed.ai franchit une nouvelle étape avec un tour de table de 5 millions d’euros. La start-up lyonnaise, fondée en septembre 2024, parie sur l’intelligence artificielle pour aider les enseignants à corriger leurs copies, identifier les lacunes de leurs élèves et construire des activités de remédiation.

Depuis sa première levée de fonds réalisée en 2025, Ed.ai a changé d’échelle : alors qu’elle ne traitait que quelques centaines de copies par semaine à la rentrée 2025, elle en corrige désormais environ 2500 par jour en France et aux États-Unis. Elle a annoncé, le 10 septembre, avoir réalisé une levée de fonds de 5 millions d’euros auprès de Bpifrance via son fonds Digital Venture, de La Poste Ventures – fonds initié par le groupe La Poste et géré par XAnge – et de 50 Partners. « En avril 2025, Ed.ai était encore au stade du concept : nous avions un prototype développé avec l’Académie de Lyon, mais aucun client. Pendant une année, nous avons donc beaucoup travaillé à concevoir un outil pédagogiquement fiable sur la durée », explique Jonathan Banon, CEO.

Une plus forte implantation aux États-Unis

La solution est aujourd’hui utilisée par 10 000 enseignants en France et 5000 aux États-Unis. En France, la plateforme couvre désormais dix matières du collège et du lycée. « Aux États-Unis, nous nous sommes d’abord concentrés sur les mathématiques. L’outil est désormais adapté aux programmes des 50 États, du K-5 jusqu’aux premières années de l’enseignement supérieur. Grâce à notre tour de table, nous allons également pouvoir travailler directement avec des districts scolaires », ajoute le co-fondateur. Deux pilotes universitaires sont par ailleurs annoncés avec l’Université du Maryland et la Francis Marion University, en Caroline du Sud. Pour le dirigeant, se développer tôt outre-Atlantique répond aussi à un enjeu de pérennité : « Si nous n’allions pas aux États-Unis, ceux qui gagneraient ce marché dans quelques années pourraient revenir en France avec cent fois plus de moyens que nous. La seule manière de pérenniser le projet était donc d’aller très tôt sur le marché où tout se joue. »

Un outil de remédiation

Ed.ai entend toutefois se distinguer d’un simple outil de correction automatisée. La start-up utilise l’analyse des copies pour permettre aux enseignants de mieux cibler les difficultés et surtout de proposer des activités de remédiation adaptées aux besoins de leurs élèves. « Nous ne sommes pas une solution de correction. Nous sommes une solution de remédiation qui utilise la correction », résume ainsi Jonathan Banon. L’outil peut notamment repérer des erreurs récurrentes dans les copies d’une classe et construire une activité autour de ces erreurs, que les élèves peuvent réaliser individuellement, en petits groupes ou collectivement. L’enjeu n’est pas simplement de faire gagner du temps aux enseignants : « Je ne crois pas à l’idée selon laquelle libérer du temps de correction suffirait à faire progresser les élèves. Ce qui permet de les faire progresser, c’est de pouvoir mettre en place une remédiation à l’échelle de toute la classe, après chaque évaluation. »

Bientôt des mesures d’impact

La start-up veut également consacrer une partie de ses nouveaux moyens à la mesure de son impact pédagogique. « Une expérimentation menée avec le laboratoire Epsylon et l’Académie de Lyon compare notamment des classes utilisant Ed.ai à des classes ne l’utilisant pas, avec des tests avant et après afin d’observer l’évolution des apprentissages et des notes », explique-t-il. En parallèle, Ed.ai poursuit l’amélioration de sa technologie, notamment sur les copies présentant des formats complexes comme la géométrie. Jonathan Banon estime que la solution se situe aujourd’hui autour de 95 % de fiabilité sur la correction. « Notre objectif est maintenant d’aller chercher progressivement les 96, 97, puis 98 % de précision. Nous travaillons sur les situations dans lesquelles l’IA doit interpréter des productions plus complexes. L’outil fournit déjà un indice de confiance pour signaler les cas nécessitant une vigilance particulière de l’enseignant », ajoute-t-il.