Le baromètre 2026 EdTech France / EY Parthenon dresse un état des lieux actualisé d’une filière en croissance mais encore en construction. Entre structuration progressive et tensions liées à la souveraineté et à l’international, le secteur est désormais entré dans une phase de maturité. Mais demeure confronté à de nombreux défis, selon Orianne Ledroit, déléguée générale d’EdTech France.
Quels sont les principaux enseignements de l’édition 2026 de votre étude ?
L’enseignement principal est que la filière EdTech française résiste et poursuit sa structuration malgré un contexte économique exigeant. L’étude recense 550 entreprises actives, représentant 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires consolidé (contre 1,6 en 2023) et 16 000 emplois (contre 15 000 en 2023). Ces indicateurs sont en progression par rapport à la précédente édition et témoignent d’une résilience remarquable. Autre enseignement majeur : la filière entre dans une phase de maturité. 45 % des entreprises déclarent être en phase de scale-up ou de maturité, tandis qu’une douzaine d’opérations de fusion-acquisition ont été recensées depuis 2023. Ces rapprochements traduisent l’émergence d’entreprises de plus grande taille, capables de gagner en puissance technologique et financière.
Pourquoi la consolidation de la filière est-elle devenue un enjeu stratégique ?
La consolidation est indispensable pour faire émerger des champions français et européens capables de rivaliser avec les acteurs internationaux. Il ne s’agit pas de réduire le nombre d’entreprises : de nouvelles sociétés continuent à être créées chaque année et entretiennent le dynamisme entrepreneurial du secteur. En revanche, la force d’une filière ne se mesure pas uniquement au nombre de ses entreprises, mais aussi à leur capacité à atteindre une taille critique. Il existe toutefois un risque : si cette consolidation n’est pas soutenue, elle pourrait être subie, notamment avec des rachats par de grands groupes étrangers. Cela ferait peser une menace sur l’indépendance technologique et éducative de la France. À ce stade, les opérations recensées sont essentiellement françaises ou européennes, mais l’étude note que la filière se trouve à un moment charnière.
Quels sont les principaux facteurs qui freinent encore le développement de la filière ?
L’étude identifie plusieurs obstacles structurels. Le premier concerne les cycles d’achat publics, qui sont trop longs alors que de nombreuses solutions EdTech ont déjà fait leurs preuves auprès des enseignants, des élèves, des formateurs ou des apprenants. Le second est la confusion entretenue dans le débat public entre les réseaux sociaux et le numérique éducatif : ces outils reposent sur des modèles économiques, technologiques et des usages très différents, et leurs effets ne peuvent être confondus. Il faut rappeler que l’étude s’adresse également aux investisseurs en rappelant que la filière constitue un secteur solide appelé à répondre à des défis éducatifs majeurs, et qu’elle mérite donc de continuer à bénéficier du soutien des banques d’affaires et des fonds d’investissement.
Quels sont les défis des prochaines années pour la filière EdTech française ?
Le principal enjeu est celui de la souveraineté éducative et technologique. La filière est suffisamment mature pour devenir un pilier de cette souveraineté, à condition qu’elle bénéficie d’un soutien plus affirmé. Nous appelons ainsi à simplifier les circuits d’achat public, à favoriser le recours aux solutions françaises dans les établissements scolaires, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle, et à accompagner davantage les entreprises dans leur croissance. L’international constitue un autre défi majeur. Aujourd’hui, 75 % des entreprises réalisent moins de 20 % de leur chiffre d’affaires à l’international. Cette situation s’explique par les spécificités propres à chaque système éducatif national, qui imposent d’importants efforts d’adaptation réglementaire et commerciale, mais aussi par la taille encore modeste de nombreuses entreprises.
Les chiffres clés à retenir de l’étude
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