EdTech : une filière dynamique mais freinée par l’organisation du marché public

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La filière EdTech française est dynamique mais encore fragile. Selon un rapport de la Banque des territoires publié en novembre 2025 et s’appuyant sur un benchmark international, la clé de compréhension de ce phénomène réside moins dans la technologie que dans l’organisation du marché public. Voici les 6 enseignements clés à retenir de ce rapport.

1. Une filière dynamique mais encore en structuration

Le rapport souligne que la France compte 695 EdTech actives en 2025, dont plus de 60 % créées après 2015. Des chiffres qui illustrent un écosystème « jeune et dynamique, encore en structuration ». Malgré cette vitalité entrepreneuriale, le marché reste relativement modeste à l’échelle mondiale : « La France ne représente que 8 % des levées de fonds à l’échelle européenne, soit 1 % au niveau mondial, alors qu’elle pèse pour 2,8 % du PIB mondial », souligne le rapport. Par ailleurs, la filière opérant dans le segment scolaire dépend fortement du marché public et de modèles économiques basés sur des abonnements ou licences sensibles aux arbitrages budgétaires.

2. Une tension sur les levées de fonds

À cause de cette situation de dépendance, les levées de fonds sont moins importantes dans le segment scolaire. Ainsi, après une forte dynamique de création entre 2015 et 2020, le marché français des EdTech connaît un net ralentissement. Moins de 60 nouvelles structures (tous secteurs confondus) ont émergé ces quatre dernières années, en raison du recul des levées de fonds depuis 2022 et de la maturité croissante de la filière EdTech. Cette évolution « accroît la concurrence et complique la rentabilité des jeunes acteurs, entraînant de nombreuses disparitions, à l’image de Marbotic, Itop Education ou Kidiwe ».

3. C’est la formation professionnelle qui structure le marché EdTech

Sans surprise, l’analyse du rapport montre que plus de 60 % des EdTech s’adressent au marché de la formation professionnelle, qui constitue le premier segment de la filière. Cette domination s’explique par la solvabilité de la clientèle « corporate » (entreprises et organismes de formation). « Ce segment structure les modèles économiques et oriente les innovations vers la montée en compétences et la formation continue », pointe le rapport. À l’inverse, le secteur scolaire se caractérise par une plus grande dispersion des utilisateurs et des besoins, ce qui rend plus difficile l’émergence de modèles économiques solides et d’acteurs dominants.

4. La diversification au cœur des modèles économiques

Le rapport met en évidence que la quasi-totalité des acteurs adressent plusieurs marchés et clientèles simultanément. Concrètement, seules 2 à 15 % des structures se concentrent exclusivement sur un seul type de client. Ce multi-ciblage client généralisé traduit la volonté des acteurs de diversifier leurs débouchés, de mutualiser leurs coûts de commercialisation et d’assurer la viabilité économique de leurs modèles. « 91 % des EdTech visant les établissements et les enseignants ciblent aussi d’autres publics », illustre le rapport.

5. Le processus d’achat public est un frein

Le rapport souligne que le marché scolaire français est difficile d’accès pour les EdTech en raison de la multiplicité des acteurs publics impliqués dans les achats : les communes gèrent le primaire, les départements les collèges et les régions les lycées. Par ailleurs, la longueur et la complexité des lancements de marchés publics est telle que certaines collectivités cherchent souvent à les éviter, quitte à bénéficier de prix plus élevés. « Cette multiplicité d’interlocuteurs, où les décideurs ne sont pas toujours les prescripteurs, crée une complexité qui ralentit fortement le déploiement des solutions numériques dans les établissements. »

6. Les financements publics du numérique éducatif souffrent

La filière EdTech reste confrontée à un soutien public irrégulier, marqué par une succession de dispositifs sans continuité budgétaire. Plusieurs vagues d’investissements publics ont été lancées (comme les programmes PIA ou BRNE), mais sans visibilité pluriannuelle. Un phénomène de « stop and go » qui entraîne le report ou l’annulation de nombreux projets. « Cette instabilité peut décourager certains investisseurs privés, rend difficile la planification des entreprises sur le moyen terme et maintient la filière dans une dépendance aux impulsions ponctuelles de l’État plutôt qu’à une stratégie durable », alerte le rapport.

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