La Haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry était présente au salon Innovative Learning, qui s’est déroulé les 8 et 9 avril à Paris. Son objectif : défendre une vision de l’EdTech comme levier de transformation de l’apprentissage respectueux des droits de l’enfant. Pour elle, la régulation et la confiance sont aujourd’hui les clés pour un meilleur développement de la filière.
Quel message avez-vous porté aux visiteurs du salon Innovative Learning ?
Ma présence au salon Innovative Learning s’inscrit dans ma conviction que l’EdTech n’est pas une mode mais une transformation profonde de l’apprentissage. Selon moi, l’innovation éducative doit accompagner la révolution numérique pour rendre l’apprentissage plus personnalisé, plus interactif et mieux adapté aux besoins des enfants et des enseignants. Les technologies représentent des opportunités de redonner du temps aux enseignants afin qu’ils se concentrent davantage sur l’accompagnement des enfants. Mon objectif a aussi été d’échanger avec les acteurs de la filière, de comprendre les freins au développement des EdTech et d’observer les nouvelles technologies (comme les univers 3D ou les classes virtuelles) tout en posant la question essentielle de l’éthique et des usages.
Pourquoi les EdTech rencontrent-elles des freins pour se développer dans l’Éducation nationale ?
Le développement des EdTech en France se heurte à la complexité du fonctionnement de l’Éducation nationale et à une doctrine encore en construction sur le numérique et l’intelligence artificielle. Nous sommes dans une période de transition où l’on réfléchit aux usages, aux régulations, à l’exposition aux écrans, aux données et à la captation de l’attention. Je pense d’ailleurs qu’il ne faut pas parler du numérique de manière globale, car il existe des usages très différents. J’estime aussi que, de leur côté, les EdTech doivent être plus offensives sur la question de la confiance, en prouvant que leurs solutions sont conçues au service des enfants, sans commercialisation de données ni mécanismes de captation de l’attention. Il s’agit de promouvoir une logique de « child safe by design », c’est-à-dire des outils conçus dès le départ pour être sûrs pour les enfants.
Comment concilier développement des technologies éducatives et protection de l’enfant ?
Il n’y a plus vraiment d’équilibre à trouver : la priorité doit être donnée à la protection de l’enfant. Dès lors, un changement de doctrine est nécessaire. On ne doit plus partir de la technologie pour ensuite l’adapter aux enfants, mais partir de la protection de l’enfant pour concevoir les outils. La protection de la santé mentale et des données doit être le fondement de toute conception d’outil. Si une solution n’est pas conçue dès le départ pour être sûre pour les enfants, elle ne doit pas être utilisée. Les technologies sont une formidable opportunité, mais elles doivent désormais prouver qu’elles sont sûres et adaptées aux plus jeunes.
Dans ce contexte, quelle place l’IA doit-elle avoir dans l’éducation ?
Il ne faut certainement pas interdire l’IA, mais apprendre aux enfants à apprendre avec l’IA. Cette technologie va transformer la manière d’apprendre et surtout la manière d’évaluer les élèves. Dans ce cadre, on devra moins évaluer la mémorisation et davantage le chemin de réflexion, l’esprit critique, la capacité à analyser une information, à construire une réflexion ou à résoudre un problème. Cela implique une évolution des méthodes d’évaluation, avec plus d’épreuves orales et moins de devoirs à la maison traditionnels. Les programmes scolaires devront également évoluer car ils sont encore trop basés sur l’accumulation de connaissances plutôt que sur la méthodologie et l’esprit critique.
Quelle est votre priorité aujourd’hui concernant le numérique et l’enfance ?
Elle est très claire : la régulation des grandes plateformes numériques, notamment celles basées sur l’économie de l’attention et les bulles algorithmiques. On ne peut pas accepter que des produits numériques créant des risques d’addiction ou de captation de l’attention soient accessibles aux enfants. Je considère que la confiance dans le numérique éducatif passera par cette régulation. Cette injonction n’est pas contraire au développement des EdTech. Plus il y aura de clarté, de transparence et de sécurité, plus l’innovation pourra s’épanouir. La clé du développement des EdTech sera donc basée sur la confiance et la transparence dans la conception des outils.
