21,5 % de chômage chez les moins de 25 ans fin 2025, des dizaines de milliers de diplômés qui peinent à s’insérer et l’intelligence artificielle qui remet en question les postes juniors. La formation supérieure a une responsabilité : produire des compétences capables de s’insérer dans le monde du travail de demain. Le projet de loi sur la régulation de l’enseignement supérieur privé donne un cadre visant à aligner promesse pédagogique, objectif visé et expérience des usagers.
La fin d’un modèle économique intenable
Pendant des décennies, l’enseignement supérieur privé a fonctionné sur une équation simple : des frais de scolarité élevés, une promesse d’insertion professionnelle, et peu de compte à rendre sur ce qui se passait réellement entre les deux. Ce modèle est à bout de souffle.
Pas parce que les établissements sont de mauvaise volonté. Mais parce que le contexte a changé. Les familles s’endettent pour des formations dont les débouchés sont de moins en moins assurés. Les entreprises expriment un décalage entre ce qu’elles attendent des diplômés et ce qu’elles trouvent. Et l’État, qui finance une partie de ce système, commence à regarder de près ce qu’il finance.
Le projet de loi de régulation des établissements d’enseignement supérieur privés, adopté le 20 mai 2026, est la traduction d’un besoin de régulation pour sécuriser les familles, les financeurs et les étudiants. En conditionnant l’accès à Parcoursup à une accréditation Hcéres, il fait basculer le secteur à l’ère de la preuve pédagogique. L’objectif est de renforcer la qualité des formations et de restaurer la confiance. Le Hcéres a sorti, au printemps, un guide d’auto-évaluation pour les établissements, afin qu’ils disposent de procédures d’amélioration continue de leurs formations.
La formation tout au long de la vie : un cadre commun
La formation professionnelle continue dispose de cadres de qualité, notamment Qualiopi, qui obligent les organismes à documenter leurs pratiques et à prouver leur impact. La formation initiale, elle, en était exemptée.
Ce que la réforme propose est simple : la même rigueur pour tous. Que vous formiez un salarié en reconversion ou un étudiant de 20 ans, la question est identique : cette formation produit-elle les compétences annoncées ? S’en donne-t-elle les moyens ?
Nous y sommes favorables à une condition : que ce cadre soit fondé sur la qualité pédagogique réelle et non sur la conformité procédurale. Toute démarche qualité peut dériver vers une accumulation d’indicateurs vides, de documents produits pour l’audit. C’est ce qu’il faut éviter.
Ce que la promesse pédagogique signifie
Aligner la promesse et l’expérience, c’est la formulation centrale de l’évaluation Hcéres. Elle suppose que l’établissement sache répondre à ces questions : qu’est-ce que nos étudiants vivent réellement dans nos cours ? Que développent-ils comme compétences ? Comment le savons-nous ?
Nous avons identifié 4 facteurs de réussite. Ce sont des éléments concrets de contribution à la qualité pédagogique :
- La signature pédagogique d’abord. Avant de documenter quoi que ce soit, un établissement doit savoir ce qu’il est pédagogiquement. Sa vision, les comportements qu’il souhaite développer chez ses apprenants…
- L’apprentissage par projet au cœur de la proposition pédagogique. Ce que le marché du travail cherche chez les jeunes diplômés, c’est la capacité à résoudre des problèmes complexes ensemble. Cette compétence se construit dans l’action et le travail collectif. L’apprentissage par projet se distingue du projet de groupe classique car il part d’une question ouverte ancrée dans une problématique réelle, il structure des jalons intermédiaires, évalue individuellement à chaque étape et confie à l’expert un rôle de guide tout au long du projet et non d’évaluateur du livrable final.
- L’accompagnement des intervenants experts. Les établissements privés ont une force : leurs intervenants sont des professionnels en activité. Mais cette force est sous-exploitée. On leur demande d’être formateurs, ce qu’ils ne sont pas. Ce qu’on devrait leur demander, c’est d’être ce qu’ils sont déjà en tant que manager : des facilitateurs qui font travailler un groupe, arbitrent des désaccords. La transmission de contenus, elle, peut être assurée par des ressources digitalisées, des modules asynchrones.
- Le distanciel comme modalité de qualité. La classe virtuelle, bien conçue, répond à un besoin de flexibilité et se révèle aussi rigoureuse qu’une session en salle. Mais cela suppose des choix de conception explicites. Les moments synchrones doivent être des moments de travail s’appuyant sur la dynamique de groupe. Pour cela, il faut un environnement qui permette le travail en sous-groupes simultanés, la circulation de l’intervenant entre les groupes, la production collective tracée.
Une opportunité
Nous entendons souvent, dans les établissements que nous accompagnons, une appréhension face à la réforme : une nouvelle couche de conformité, de nouvelles procédures… Cette appréhension est compréhensible. Alors que la concurrence entre établissements privés et la stabilisation prévue du nombre d’étudiants dans les prochaines années sont des menaces pour l’existence de certains acteurs, l’exigence de qualité est ce dont le secteur a besoin pour regagner la confiance des familles, des entreprises et des pouvoirs publics. La réforme est en ce sens une opportunité pour les établissements qui veulent se différencier.
A propos des auteurs :
Sophie Lazard est CEO de Glowbl, plateforme française dédiée aux classes virtuelles et aux ateliers collaboratifs. Elle œuvre à faire du synchrone distanciel un levier pédagogique à part entière, au service de la qualité des formations.
Florian Casalta est un expert du pilotage de produits digitaux et de la transformation de l’éducation. Passé par le leader du e-commerce français et des groupes d’enseignement, il met désormais sa double culture tech et académique au service du groupe Emineo Education en tant que directeur produits & edtech.
