Si l’intelligence artificielle impacte fortement la formation professionnelle, c’est aussi parce qu’elle transforme les plateformes LMS en outils plus interactifs, personnalisés et intégrés au quotidien des apprenants. L’IA redéfinit également les frontières entre les solutions d’apprentissage afin d’enrichir les méthodes pédagogiques. Regards d’experts.
Le développement de l’intelligence artificielle modifie en profondeur les plateformes utilisées pour former les salariés. Jusqu’ici, un LMS (Learning Management System) servait principalement à centraliser des contenus de formation, inscrire les apprenants, suivre leur progression et organiser les évaluations. Avec l’IA, ces plateformes peuvent davantage dialoguer avec les utilisateurs, exploiter les données dont elles disposent et se connecter à d’autres outils de l’entreprise. « Ce rapprochement, qui s’accélère grâce à l’IA, entre le LMS, mais aussi le LXP (plateforme davantage centrée sur l’expérience de l’apprenant) et d’autres outils de formation constitue un effacement progressif des frontières entre ces solutions. Désormais, il sera possible d’automatiser davantage de tâches, que ce soit pour les administrateurs ou les apprenants », a expliqué Lucas Chauvin, responsable grands comptes chez Docebo, lors d’un webinaire organisé par le cabinet ILDI.
Utiliser l’IA comme co-pilote
Mais le gain de productivité permis par l’IA ne garantit pas, à lui seul, une meilleure formation. Philip Moore, co-fondateur de Didask, insiste au contraire sur le risque de produire rapidement de grandes quantités de contenus sans réelle valeur pédagogique. « L’enjeu est donc de donner aux concepteurs des outils, notamment alimentés à l’IA, capables de les aider à construire des situations d’apprentissage plus riches, avec davantage de pratique et de feedback, qui ont beaucoup plus d’impact sur l’acquisition de compétences. » L’IA ouvre, en tout cas, de nouveaux usages pour le LMS, qui ne serait plus seulement un lieu où l’on consulte des ressources ou valide des parcours. Il peut devenir un espace où l’apprenant s’exerce dans des situations proches de celles qu’il rencontre réellement, avec la possibilité de se tromper, de recommencer. « Les simulations permettent ainsi de travailler des compétences qui étaient difficiles à reproduire dans une formation en ligne classique », souligne Philip Moore.
Utiliser les chatbots avec prudence
L’évaluation constitue un autre domaine transformé par l’IA, mais les experts mettent en garde contre une utilisation indistincte des chatbots. L’évaluation conversationnelle peut être particulièrement intéressante pendant l’apprentissage, parce qu’elle oblige l’apprenant à formuler ses réponses et permet une interaction plus dynamique qu’un questionnaire traditionnel. « En revanche, elle n’est pas nécessairement adaptée lorsqu’il s’agit de certifier de manière formelle un niveau de compétence : cette mesure doit rester appuyée par d’autres formes d’observation et de validation. L’IA est ainsi un outil au service de l’apprentissage qui complète la palette des outils à notre disposition, mais il n’est pas le meilleur outil pour une mesure de compétences », estime Patrice Bertrand, co-fondateur d’Experquiz.
La formation dans le flux de travail
Enfin, l’IA embarquée dans les plateformes pourrait rapprocher davantage la formation du travail réel, en accompagnant les salariés directement dans leurs activités et dans l’utilisation des outils qu’ils doivent maîtriser. Cette logique du « Flow of Work » suppose une formation moins séparée du quotidien professionnel. « Prenons l’exemple d’un technicien de maintenance qui a une question sur le fonctionnement d’une pièce dans une machine. Avant, il aurait suivi une formation des mois plus tôt, mais aujourd’hui, l’IA peut lui apporter une réponse immédiate, au moment où il en a besoin, et identifier un éventuel besoin de renforcement de compétences », explique Philippe Moore. « À terme, les plateformes pourraient ainsi devenir plus réactives et individualisées », conclut Lucas Chauvin.
