Entre restrictions budgétaires, renforcement des contrôles et révolution de l’intelligence artificielle, les acteurs de la formation doivent repenser leurs modèles. Septeo mise sur l’innovation technologique et l’interconnexion de ses solutions pour accompagner cette transformation. Rencontre avec Arnaud Guillaume, directeur du pôle Éducation.
Quelques mois après sa création, où en est le pôle Education de Septeo ?
Septeo, qui est connu pour ses logiciels dans des secteurs réglementés (immobilier, notariat…), a créé un pôle Éducation fin 2024 pour se développer dans le domaine de la formation professionnelle. L’objectif est de proposer des logiciels qui couvrent l’ensemble des besoins d’un centre de formation : de la gestion RH au suivi pédagogique. Ce pôle a été construit suite à deux rachats : celui de Dendreo en février 2024, un logiciel de gestion pour les organismes de formation, et celui d’YMAG en novembre 2024, un logiciel spécialisé dans la formation par apprentissage et par alternance. Aujourd’hui, ces deux sociétés forment le noyau dur du pôle Éducation. L’ambition est de couvrir un spectre large, allant des centres de formation et des CFA aux organismes de formation d’entreprise et aux certificateurs, notamment dans la gestion des flux de données et des exigences liées à France Compétences.
La filière de la formation est en forte recomposition : réglementation, financement, IA… Comment analysez-vous ce moment ?
D’un côté, les restrictions budgétaires qui affectent le CPF et l’apprentissage, conjuguées à un renforcement des contrôles, accroissent la responsabilité des dirigeants des centres de formation. De l’autre, l’irruption de l’intelligence artificielle transforme à la fois les métiers, le rapport au travail, les outils et la manière d’envisager la formation. Cette double pression, financière et technologique, oblige les acteurs à revoir leurs modèles. Face à cette mutation, Septeo réalise par exemple des investissements importants dans une approche d’IA souveraine et de conformité au RGPD. L’objectif est de faire évoluer les outils, aujourd’hui largement centrés sur la saisie et la gestion administrative, vers des logiques d’agents conversationnels capables d’automatiser les tâches, de sécuriser les processus réglementaires et de faire gagner du temps aux équipes.
Comment voyez-vous l’évolution du rôle des organismes de formation ?
Les modèles trop dépendants d’une seule source de financement se révèlent de plus en plus fragilisés. L’apprentissage devra devenir encore plus individualisé, ajusté autant que possible aux besoins de chaque apprenant. Selon moi, cette évolution suppose de développer des formations organisées en blocs de compétences, voire en compétences, acquises de manière progressive. Dans ce contexte, les organismes devront composer avec des co‑financements plus diversifiés (pouvant associer le CPF, le Projet de transition professionnelle, la contribution de l’entreprise, celle de l’apprenant, ou encore un contrat de professionnalisation) tout en construisant des offres au plus près des besoins réels. L’intégration avec l’écosystème règlementaire et les contrôles toujours plus forts sont aussi des enjeux majeurs pour les organismes. Leur mission, telle que je la perçois, sera de contribuer à garantir l’employabilité dans un monde où les métiers se réinventent à une vitesse inédite.
Quels projets stratégiques portez-vous pour 2026 ?
Le groupe, qui n’est pas positionné comme éditeur de LMS et n’intervient pas directement sur la transformation pédagogique, réfléchit à couvrir davantage la chaîne de valeur, depuis l’analyse des compétences jusqu’à la certification. Sur le plan stratégique, les synergies entre les différentes entités du pôle Éducation sont en cours d’achèvement, avec une interconnexion progressive des solutions. Les briques liées à la certification (passeport de prévention, badges…) sont en cours d’interfaçage pour une interconnexion complète d’ici avril 2026. Par ailleurs, de nouvelles acquisitions sont envisagées, avec une attention particulière portée aux entreprises positionnées en « IA first ». Nous portons également une ambition européenne. La ligne directrice vise à faire de Septeo un acteur européen capable d’accompagner la transformation numérique et réglementaire de la formation professionnelle.
