Learning Technologies France – Quand l’IA « augmente » la formation sans effacer l’humain

Pinterest LinkedIn Tumblr +

Comment intégrer l’IA dans ses modalités pédagogiques sans perdre l’humain de vue ? Plusieurs entreprises ont partagé leurs retours d’expérience lors du salon Learning Technologies France, qui s’est déroulé fin janvier à Paris. Expérimentations, leadership, feedback… Des témoignages qui éclairent les conditions concrètes d’une transformation pédagogique réussie.

Allianz s’appuie sur l’IA pour des mises en situation concrètes

Le groupe d’assurance Allianz forme environ 10 000 collaborateurs par an : 700 nouveaux entrants en formation initiale et plus de 8000 en formation continue. Cette échelle impose de former mieux, plus vite et au plus près du terrain. « La formation ne se limite pas à transmettre des savoirs. Elle doit faire vivre des mises en situation concrètes. Notre fil rouge repose sur l’alliance entre l’humain et le digital : un agent conversationnel IA, incarnant une cliente via un persona, permet aux commerciaux de réaliser des simulations d’entretien proches du réel », a expliqué Claudine Brailleur, responsable département learning. De son côté, le formateur, en posture de coach, ancre et enrichit le feedback fourni par l’IA. Celle-ci permet aussi de multiplier les entraînements, sans pression, au rythme de chacun, et de renforcer l’ancrage des compétences. « L’humain apporte le sens, la valorisation des points forts et la réalité du terrain. Les résultats sont tangibles : plus de 4000 simulations réalisées, une note de satisfaction de 4,9/5, et un taux de rejeu moyen de 2 fois par apprenant. » Selon elle, si l’impact business n’est pas mesurable, la progression des apprenants est visible, notamment sur le terrain.

La FFF forme les observateurs d’arbitres avec l’IA

Dans le monde du football français, les arbitres sont évalués tout au long de leur carrière par des observateurs, avec des impacts forts sur leur trajectoire professionnelle. Une fois retraités, les arbitres deviennent observateurs, en étant formés de manière empirique. « La formation des observateurs vise à dépasser le seul cadre technique pour intégrer des dimensions pédagogiques, didactiques et éthiques. La cible étant bénévole, experte, et peu disponible, il fallait un outil asynchrone, engageant, avec une dimension gaming », a souligné Romuald Nguyen, responsable des dossiers spéciaux. Dans ce cadre, l’IA a été utilisée pour entraîner les observateurs au debriefing à chaud après 90 minutes de match afin de produire un retour panoramique, équilibré, non focalisé sur les points négatifs. « Un second usage concerne la qualité rédactionnelle du rapport d’observation afin d’assurer une restitution fidèle et objective. L’observateur est évalué non par un pair, mais par un agent IA défini collectivement. » Le projet s’inscrit dans un mouvement pédagogique sur 3 ans lancé début 2025. « Les modules ne sont pas encore tous déployés, mais les premiers retours sont positifs en termes de motivation et de volonté de progresser. Toutefois, le dosage de l’IA est important : c’est la justesse que nous recherchons plutôt que la perfection, face à la pléthore de solutions IA qui existent. »

Un nouveau modèle de leadership chez Sysco France

Chez Sysco, un nouveau modèle de leadership américain avait pour but de couvrir quatre pays : France, Belgique, Italie et Portugal. Toutefois, ce dernier (basé sur le triptyque care, connect and grow) a suscité peu d’adhésion car jugé trop abstrait. « Sysco France l’a donc retravaillé pour l’aligner sur ses enjeux concrets : la croissance dans un marché très concurrentiel et la transformation. Dans ce cadre, le leadership a été repositionné comme levier direct de performance business et d’engagement des équipes. Un référentiel de compétences a été retravaillé pour coller au quotidien des managers. Le dispositif de formation s’est appuyé sur le modèle 70-20-10, avec une forte priorité donnée à la mise en pratique en situation de travail », a expliqué Hélène Monteil, responsable du développement RH. Les apports théoriques sont acquis en amont via le digital. Les sessions présentielles sont, quant à elles, exclusivement dédiées à l’échange, à l’expérimentation et aux exercices métiers. Les managers de managers ont également été formés pour accompagner les collaborateurs sur le terrain. Les résultats sont suivis via des indicateurs, notamment l’eNPS (engagement collaborateurs). Dans une entreprise de 4500 collaborateurs, engagée simultanément dans 50 projets stratégiques, les effets sont visibles : « Nous notons une meilleure adhésion, des projets qui avancent mieux et un engagement en hausse », a-t-elle conclu.

Share.