Le design pédagogique à l’épreuve de l’inclusion

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Lors d’un webinaire organisé dans le cadre d’Apolearn Academy, Anne-Sophie Guittet et Pierre Minelli, co-fondateurs d’HandiRef, ont défendu une transformation profonde de la manière de concevoir les formations. Leur approche ? Dépasser la seule conformité réglementaire pour interroger le sens même de l’apprentissage : qui apprend vraiment, et dans quelles conditions ?

La plupart des dispositifs actuels ne garantissent pas une égalité réelle d’accès à l’apprentissage. « On a toujours des apprenants qui sont dans la salle, mais qui, pédagogiquement, sont laissés sur le bord de la route », constate Pierre Minelli, co-fondateur d’HandiRef, un cabinet de conseil dédié à l’inclusion. Les obstacles à l’apprentissage ne relèvent pas uniquement du handicap au sens strict. Fatigue cognitive, surcharge informationnelle, troubles invisibles… jouent un rôle majeur. « Il est donc nécessaire de varier les modalités d’apprentissage, d’offrir plusieurs façons de comprendre une consigne », ajoute son associée Anne-Sophie Guittet. L’objectif est de rendre les dispositifs plus accessibles, par exemple en appliquant la méthode Facile À Lire et à Comprendre (FALC).

Le design inclusif comme levier d’innovation

Dans ce contexte, le « Learning Experience Design Inclusive » peut être mobilisé comme levier d’innovation. « Le principe de cette approche est simple : concevoir pour les marges permet en réalité d’améliorer l’expérience de tous », souligne Pierre Minelli. Il appuie cette idée sur l’exemple des sous-titres, pensés à l’origine pour des besoins spécifiques, mais aujourd’hui largement utilisés dans des contextes bien au-delà du handicap. Ainsi, les contraintes rencontrées par certains utilisateurs deviennent des moteurs d’innovation. Et en cherchant à résoudre des situations atypiques, il est possible de créer des solutions qui élèvent la qualité globale de l’expérience de tous les apprenants.

Le handicap comme expérience universelle

Pour penser l’inclusion, il faut également interroger la notion même de handicap. Elle est envisagée non comme une catégorie fixe, mais comme une situation pouvant varier selon les contextes. « Il faut distinguer plusieurs dimensions : la dimension permanente, la dimension temporaire et la dimension situationnelle du handicap. Ce sont des réalités qui peuvent concerner chacun à différents moments : fatigue intense, surcharge cognitive ou environnement bruyant peuvent produire des limitations très proches, dans leurs effets, de celles associées à un handicap identifié », souligne-t-il. L’accessibilité ne concerne donc pas un groupe spécifique, mais l’ensemble des apprenants dans leur diversité.

Une transformation des pratiques pédagogiques

Dans cette perspective, les outils de design pédagogique deviennent des instruments de compréhension et d’ajustement des parcours d’apprentissage : la cartographie de l’expérience apprenante ou encore l’analyse de la charge cognitive permettent d’identifier précisément les points de friction. Cela permet de penser l’inclusion comme un processus vivant et ajusté en continu. L’enjeu soulevé par les experts est donc de concevoir des formations accessibles dès l’origine, sans opposer publics dits « standards » et « atypiques ». Au-delà des méthodes, c’est donc un déplacement du regard qui est proposé : l’exclusion étant souvent la conséquence de choix de conception qui peuvent être repensés.

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