Le rôle du formateur ne se limite plus à la conception de contenus. Avec l’automatisation et l’IA, il s’agit désormais de construire des écosystèmes apprenants et de réinventer l’interaction humaine au cœur des parcours. Voici 5 conseils clés à appliquer sans tarder.
Faire évoluer le rôle du formateur
Le formateur ne peut plus se limiter à la conception ou à la distribution de contenus standardisés. « Nous avons aujourd’hui la capacité de passer d’un rôle de concepteur de contenu à architecte d’écosystème apprenant », a ainsi souligné Thierry Bonetto, fondateur de LearningFutures et ancien directeur L&D de Danone, dans le cadre d’un webinaire organisé par Blify. Cela implique d’identifier les outils, les données et les modalités (comme l’IA ou les plateformes adaptatives) qui permettent de créer un environnement d’apprentissage fluide et intégré. « La finalité n’est plus de distribuer des contenus une fois par an, mais de réunir les conditions pour permettre l’apprentissage en automatisant les tâches répétitives pour se concentrer sur l’essentiel », indique pour sa part Florent Grisaud Verrier, Head of L&D chez Deloitte. L’accent doit ainsi être mis sur l’analyse des besoins, l’automatisation des tâches répétitives et la création de parcours dynamiques et personnalisés.
Intégrer l’apprentissage conversationnel
« L’IA nous permet de nous rapprocher d’une manière d’apprendre que l’on a toujours connue, à savoir les conversations avec les formateurs et les pairs », souligne Thierry Bonetto. L’utilisation d’avatars conversationnels ou de chatbots permet en effet de simuler des échanges réalistes, de fournir des feedbacks instantanés ou d’orienter les apprenants vers des ressources adaptées. « Un parcours de formation autour d’une IA conversationnelle agit comme un coach apprenant, proposant des ressources personnalisées au bon moment », explique Florent Grisaud. Cette modalité peut être particulièrement utile pour ancrer l’apprentissage dans le quotidien professionnel.
Exploiter l’IA pour personnaliser les parcours
L’un des atouts majeurs de l’IA réside dans sa capacité à personnaliser les parcours d’apprentissage tout en conservant une approche industrielle. En effet, selon Florent Grisaud, « l’IA générative permet de résoudre le paradoxe entre personnalisation et industrialisation des ressources de formation ». Il est ainsi possible d’utiliser des outils d’adaptive learning pour adapter les contenus aux niveaux et aux rythmes individuels, ou de transformer rapidement des connaissances d’experts en modules pédagogiques. Par la suite, « on peut proposer des quiz ou des actions post-formation en fonction du niveau de compétence atteint », illustre Thierry Bonetto. L’enjeu est de cibler le bon contenu pour la bonne personne au bon moment.
Renforcer les compétences humaines
Bien que l’IA apporte des avancées significatives, elle ne remplace pas les interactions humaines. Pour illustrer cette réalité, Thierry Bonetto cite une réponse qu’il a obtenue de ChatGPT : « L’IA a des connaissances, mais les humains ont de l’expérience. L’IA accélère l’apprentissage, mais l’humain l’approfondit. » Il est essentiel de valoriser les dynamiques collectives comme le mentorat, le partage d’expériences ou l’apprentissage par les pairs. Florent Grisaud Verrier insiste lui aussi sur l’importance de préserver les compétences humaines : « Chez Deloitte, on résiste à la tentation de réduire le nombre de juniors, car sans eux, il n’y aura pas de seniors demain. » Les formateurs peuvent créer des dispositifs où l’IA agit comme un « sparring partner » pour renforcer des compétences humaines comme la négociation, le leadership ou la créativité, qui, elles, sont capables de résister à l’automatisation.
Anticiper les risques liés à l’usage de l’IA
L’utilisation de l’IA en formation comporte des risques qu’il est important de prendre en compte. Thierry Bonetto met en garde contre « une dette cognitive, comme la perte d’esprit critique ou l’atrophie des compétences non sollicitées ». Pour limiter ces risques, les experts recommandent de sensibiliser les apprenants à l’importance de vérifier les sources et de croiser les informations générées par l’IA, mais également d’équilibrer l’usage de l’IA avec des moments dédiés au développement des compétences humaines et des interactions sociales. « Selon une étude internationale de BCG réalisée en 2024, 58 % des professionnels indiquent que l’IA leur fait gagner 5 heures par semaine. La question est maintenant de savoir comment utiliser ce temps pour renforcer les compétences humaines », conclut-il.