Au David Game College, les IA prennent petit à petit la place des professeurs. Il s’agit, dans cet établissement privé de Londres, d’un projet pilote qui entend doter les élèves, qui préparent l’équivalent du brevet, de coachs pédagogiques plutôt que de se faire aider par leurs professeurs. Que penser de cette progression de l’IA sur le terrain de l’éducation ? Éclairages.
L’Unbound Academy en Arizona, l’Alpha School au Texas… Les initiatives visant à opérer une révolution pédagogique en remplaçant les professeurs par des intelligences artificielles pullulent. L’une des dernières en date se déroule, depuis six mois, au David Game College, un établissement huppé de Londres. Ce projet pilote concerne sept collégiens qui, pour préparer leur brevet, disposent d’ordinateurs dotés d’une IA capable de les guider. Faut-il s’en inquiéter et y voir un possible remplacement des professeurs par l’IA ? « Je reste persuadé que ce type de projets restera anecdotique », assure Matthias de Bièvre, président de Prometheus-X.
Le professeur, seul chef d’orchestre des apprentissages
« Bien sûr, on verra encore des écoles et des universités essayer de lancer des initiatives semblables. On verra peut-être aussi des parents d’élèves vouloir inscrire leurs enfants dans ce genre d’établissements. Mais il faut quand même raison garder : l’enseignement, ce n’est pas simplement mettre un bon contenu devant la bonne personne », ajoute Matthias de Bièvre. Pour lui, le chef d’orchestre qui assure l’interaction sociale et l’accompagnement ne peut être que le professeur. Et seule l’école peut poser un cadre pour transmettre la bonne manière d’apprendre. « De la même manière, seuls les humains sont capables de penser la bonne ingénierie pédagogique. »
Intégrer des IA souveraines
Politiquement, le fonctionnement de l’éducation en France intègre plus de garde-fous, le marché étant moins privatisé et plus réglementé, y compris pour les acteurs privés qui se lancent dans la filière EdTech. Du point de vue de l’efficacité, il n’y aurait aucun intérêt pédagogique à se lancer dans cette course effrénée à l’IA. « Cela ne serait pas efficace pour les apprentissages. Il n’y a pas de raison de s’inquiéter », dit-il. En revanche, ce dont on devrait s’inquiéter, c’est de ne pas intégrer des outils souverains d’IA le plus rapidement possible. « Il faut se demander comment on peut utiliser l’IA de façon efficace. C’est la seule question qui vaille. La raison est simple : personne n’empêchera les élèves et les professeurs d’utiliser ChatGPT. Par conséquent, si on n’intègre pas l’IA dans l’éducation comme on le souhaite, les géants américains ne se priveront pas d’occuper ce terrain vide », estime-t-il.
Connecter l’IA aux bonnes données scolaires
Selon Matthias de Bièvre, il faut s’inspirer de cette capacité des acteurs anglo-saxons à intégrer les nouvelles technologies, mais tout en restant fidèle aux valeurs françaises. « En France et en Europe, nous mettons des garde-fous et c’est très bien. Mais il ne faut pas s’en contenter. Si on ne veut pas d’une certaine IA, il faut créer l’IA que l’on veut », pointe-t-il. Ainsi, si une IA est construite par les acteurs légitimes de l’écosystème éducatif et qu’elle est connectée aux bonnes données des programmes scolaires, elle sera nécessairement plus utilisée que d’autres outils comme ChatGPT. « Une IA conçue de cette façon pourrait répondre très précisément aux questions en fonction du niveau de chacun, générer les bons cours… Elle serait ainsi plus efficace que ChatGPT puisqu’elle aurait accès aux bonnes données. C’est précisément ce qu’il faut permettre. »
Un premier projet légitime en matière d’IA
Le projet OpenEdIAG porte justement cette ambition. Il consiste à mettre à disposition un outil d’IA générative sécurisé. Élaboré par un consortium qui regroupe six acteurs de l’éducation ainsi que deux académies et trois partenaires, l’objectif de l’outil est de personnaliser les apprentissages auprès d’un million d’élèves et d’enseignants. « Il entend répondre à la question de savoir comment on peut créer les conditions pour que l’IA puisse se déployer sur la base de données et de programmes tout en expliquant ce qu’elle fait. » L’intérêt de ce projet est qu’il permet de poser un cadre d’intégration en développant des communs numériques et des briques technologiques assurant l’accessibilité, l’ouverture, la sécurité, la transparence et la conformité pédagogique.