« Nos EdTech se heurtent à la lenteur des circuits institutionnels »

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L’association EdTech Grand Ouest œuvre pour favoriser la coopération entre les acteurs de l’éducation, de la formation et de l’innovation pédagogique. Son ambition pour 2026 ? Promouvoir des usages responsables du numérique et accompagner l’émergence de solutions à impact, selon Anne-Cécile Poilvert, déléguée générale.

Comment travaillez-vous avec les acteurs locaux de l’innovation et de la formation ?

EdTech Grand Ouest fédère l’ensemble des acteurs qui gravitent autour de l’innovation éducative : EdTech, organismes de formation, établissements d’enseignement supérieur, académies, ingénieurs pédagogiques, formateurs, experts et entreprises… Le territoire compte une vingtaine de start-up, dont certaines ont marqué l’écosystème : Klaxoon avant son rachat, Learn&Go, Kaligo… L’association, qui privilégie l’apprentissage collectif plutôt que la promotion de solutions commerciales, se positionne comme un tiers de confiance. Par ailleurs, nous avons mis en place, avec la région Bretagne, un programme d’accompagnement à la digitalisation des organismes de formation, fondé sur l’apprentissage entre pairs. Il permet aux structures de construire leur stratégie numérique. Plus récemment, nous avons créé un « club entreprises EdTech » destiné à rapprocher les entreprises et les organismes de formation afin qu’ils s’unissent face aux enjeux de l’IA et des mutations des métiers. L’enjeu central est de prouver l’impact réel des solutions EdTech sur la montée en compétences.

Quels sont les projets phares en matière d’innovation dans la région Grand Ouest ?

Un des projets phares menés au sein de notre région est le service expérimental RAGaRenn, porté par l’un de nos partenaires, l’Université de Rennes. Il s’agit d’une plateforme d’IA générative sécurisée permettant aux étudiants et personnels d’expérimenter l’IA avec leurs propres données de manière souveraine, en utilisant une technologie RAG locale et open-source. Son but est de co-construire un cadre d’usage de l’IA dans l’enseignement supérieur, en mettant l’accent sur la souveraineté des données. Dans ce cadre, nous avons un rôle de valorisation et de diffusion de cette initiative au sein de l’écosystème EdTech puisqu’il s’agit d’un usage éthique de l’IA, voire d’une référence en matière de gouvernance de la donnée et de respect des cadres institutionnels.

Quels sont les principaux freins rencontrés par les EdTech de votre région ?

Elles se heurtent d’abord à la complexité et à la lenteur des circuits institutionnels, surtout dans le scolaire, avec une multiplicité d’interlocuteurs et des procédures longues qui mobilisent beaucoup de temps non facturé. Elles peinent aussi à expérimenter leurs solutions et à prouver leur efficacité pédagogique, alors même que cette preuve d’impact est devenue indispensable. À cela s’ajoute une forte dépendance aux subventions, jugées instables et peu pérennes, ainsi qu’un contexte de financement plus tendu qui rend les levées de fonds difficiles. Pour lever ces freins structurels, EdTech Grand Ouest collabore avec l’académie de Nantes à la mise en place d’un protocole d’expérimentation servant de guichet unique pour tester des solutions EdTech dans les établissements. Le but est de faciliter les démarches aux EdTech tout en promouvant les usages de technologies solides et inclusives, à l’instar de Learn&Go, qui met l’IA au service d’une personnalisation concrète des apprentissages, utile aux élèves comme aux enseignants, avec un impact pédagogique réel et mesurable.

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