« La frontière entre gestion des talents et formation devient poreuse »

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Alors que l’IA et la gestion des compétences transforment en profondeur la formation professionnelle, les plateformes LMS doivent repenser leur rôle. Agrégation d’outils, personnalisation des parcours, rapprochement entre formation et gestion des talents… Nombreuses sont les mutations à prévoir, selon Morgan Naud, CEO de Bealink.

Qu’est-ce qui distingue Bealink des autres acteurs de la filière de la formation professionnelle ?

Bealink est né de la fusion de deux entreprises : Bealink, créée en 2019, et Syfadis. Cette fusion a permis d’allier deux technologies : l’une centrée sur la gestion de la formation et l’autre, plus récente, pensée autour de l’expérience des apprenants. L’idée n’était pas seulement de moderniser l’interface en reprenant les codes des grandes plateformes numériques, mais aussi de repenser la formation de manière plus décentralisée. Notre objectif est de fédérer l’écosystème d’outils présents dans les grandes entreprises (360Learning, Cornerstone, Moodle…) Notre plateforme peut aussi agréger des outils de gestion administrative de la formation, des bibliothèques de contenus, des outils d’évaluation de la formation, des plateformes de gestion des talents… C’est important car la frontière entre la gestion des talents et la formation est devenue poreuse.

Justement, quel rôle jouent aujourd’hui les directions des talents par rapport aux directions de la formation ?

Nous observons un déplacement du centre de décision. Les directions des talents disposent de plus en plus de budgets, donc de capacités à lancer des projets tandis que les directions de la formation sont davantage sous contrainte budgétaire. Cela s’explique notamment par la montée en puissance de l’organisation fondée sur les compétences. Les entreprises cherchent à relier les métiers, les compétences et les formations. Dans ce contexte, la formation devient un outil au service de la gestion des talents. Résultat : aujourd’hui, dans les grandes entreprises, les projets sont de plus en plus pilotés par les directions des talents, qui travaillent sur les compétences et les trajectoires professionnelles.

Quelle est la road map de Bealink pour 2026 ?

Nous travaillons sur l’IA, principalement sur deux axes. Le premier concerne les apprenants : notre objectif est de personnaliser davantage leur expérience. L’IA permet de recommander des contenus pertinents, de dialoguer avec l’utilisateur et d’intervenir dans les parcours de formation, par exemple sous forme de coach donnant des questionnaires interactifs pour évaluer le niveau de maîtrise d’une compétence. Le second axe concerne les équipes formation. L’IA permet d’améliorer leur productivité, notamment en les aidant à concevoir des parcours, à renseigner les informations pédagogiques ou à analyser les évaluations des apprenants. Elle peut par exemple formuler des recommandations pour améliorer l’offre de formation. Mais il est important de conserver un contrôle humain, notamment pour vérifier la qualité des contenus. Nous faisons ainsi en sorte que l’IA permette aux experts pédagogiques de se concentrer davantage sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.

Comment vos outils peuvent-ils aider les entreprises à identifier les compétences de demain ?

Le troisième axe sur lequel repose notre feuille de route est justement l’organisation fondée sur les compétences. Beaucoup d’entreprises veulent aller vers ce modèle, mais rencontrent des difficultés pour définir ce qu’est une compétence, structurer un référentiel ou relier les compétences aux formations. En réponse à cette problématique, nous nous appuyons sur des référentiels existants comme ROME ou ESCO (le système européen de classification multilingue des aptitudes, compétences et professions). Ils aident les entreprises à structurer leurs métiers, leurs compétences et leurs systèmes d’évaluation. Dans ce cadre, les compétences peuvent être évaluées par l’employé lui-même, par son manager et parfois par un expert externe. Avec le temps, les données permettent aussi d’analyser l’efficacité des formations.

Comment voyez-vous évoluer le marché de la formation professionnelle ces prochaines années ?

Il devrait poursuivre sa consolidation sous l’effet conjugué de tensions économiques et d’accélérations technologiques. Cette dynamique se traduira par des rachats, des rapprochements stratégiques, mais aussi par la disparition d’acteurs incapables de s’adapter. En parallèle, le cadre réglementaire, tant français (CPF, RGAA…) qu’européen (Data Act, IA Act…), impose un niveau d’exigence croissant. Il poussera les organisations à renforcer l’impact réel des dispositifs proposés et à accélérer leur transition vers des modèles centrés sur les compétences. Dans ce contexte, de nouveaux équilibres restent à inventer : méthodologies renouvelées, outils adaptés, développement de micro-certifications et construction de référentiels partagés entre acteurs. Enfin, à l’orée de l’IA, l’expérience utilisateur continue d’être globalement repensée par les acteurs de l’EdTech. Cependant, cette évolution ne remplace pas les outils existants : elle les transforme progressivement, car ils restent essentiels.

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