Une étude publiée par l’organisme de formation ISTF révèle le rôle désormais central des experts métiers en interne. Plus de 80 % des organisations les mobilisent ainsi pour des actions de formation, souvent selon un modèle hybride mêlant ressources internes et externes.
Selon un sondage réalisé par l’ISFT en partenariat avec Glowbl auprès de 372 professionnels de la formation, plus de 80 % des organisations font aujourd’hui appel à leurs experts métiers en interne pour leur activité de formation, dont 28 % en totalité. Ces formateurs occasionnels sont donc aujourd’hui un levier central de la transmission des compétences et de la culture de formation en entreprise.
Dans la majorité des entreprises (52 %), la formation repose sur une logique hybride : « Les compétences propres à l’entreprise sont enseignés par les experts internes, et les autres projets de formation sont externalisés », souligne l’ISTF. Pour les responsables formation et les DRH, l’enjeu n’est plus de décider s’il faut mobiliser des experts métiers, mais comment structurer ce modèle « opportuniste ou parfois peu formalisé » en véritable levier de performance.
Le rôle des experts métiers dans la conception des formations
Devenir formateur ne va pas de soi. Il s’agit de passer d’un modèle descendant à une logique de facilitation, où l’apprenant devient actif. Selon le mémo, 65 % des répondants mettent ainsi en tête l’appétence pour la formation dans leurs critères de choix des experts métiers comme formateurs internes. « Pour les DRH et responsables formation, cette évolution est clé : on ne désigne plus seulement un « sachant », c’est-à-dire une personne présente depuis longtemps qui connaît les process sur le bout des doigts. On identifie un collaborateur prêt à endosser un rôle de transmission et de facilitation, qui sera volontaire pour former ses pairs. »
Ces formateurs occasionnels ne se limitent plus à l’animation des formations : ils participent de plus en plus à leur conception. Dans près 75 % des entreprises interrogées, ils contribuent ainsi à la création des supports et des activités pédagogiques. « Les outils qui se démocratisent et les IA génératives ont clairement permis d’impliquer plus facilement les experts métiers. Néanmoins, sans cadre explicite, le risque est celui d’une hétérogénéité des pratiques, donc d’une expérience apprenante variable », alerte l’ISTF.
Une posture pédagogique encore difficile à adopter
Les formateurs occasionnels rencontrent des difficultés dans l’exercice de cette fonction stratégique. Mais contrairement aux idées reçues, l’aisance à l’oral n’est que marginalement citée (7 %) comme étant une difficulté. L’enjeu est davantage dans la capacité à faire apprendre. « La principale difficulté concerne en effet la posture pédagogique (44 %). Passer d’expert à facilitateur, adopter une posture interactive plutôt que descendante, mettre les apprenants au cœur de la formation… Tout cela requiert souvent un accompagnement terrain », précise l’ISTF dans son étude.
Les autres freins rencontrés sont d’ordre organisationnel : manque de temps (selon 71 % des sondés), de méthodes et parfois d’inspiration. Les experts doivent concilier leur fonction principale avec la formation, ce qui rend la conception lourde sans outils adaptés. « Pour les départements L&D, ce constat est déterminant. Sans méthodes claires, sans trames structurantes, la conception devient chronophage. » Il devient ainsi nécessaire de structurer la production pédagogique, de simplifier l’ingénierie et de clarifier les attendus. « Cela permet de gagner non seulement en qualité, mais aussi en adhésion des experts métiers. »