Cinq idées reçues à balayer sur le numérique éducatif

Pinterest LinkedIn Tumblr +

Le numérique à l’école et à la maison suscite autant d’enthousiasme que de craintes. Or, celles-ci sont souvent nourries par des idées reçues. Voici les clichés que le guide « Utiliser les idées reçues », réalisé par la Trousse à Projets, propose de démystifier.

« Les jeunes sont tous à l’aise avec les équipements numériques »

Faux, selon Éric Bruillard, enseignant-chercheur dans le champ du numérique et de l’éducation. Ce mythe des « digital natives » masque surtout la gêne des adultes qui ne maîtrisent pas les usages. « Tous les jeunes ne maîtrisent pas les technologies : leur rapport au numérique dépend de variables sociales et psychologiques », explique le guide. Selon l’expert, l’école doit ainsi permettre « une certaine prise de distance par rapport aux technologies » tandis que les élèves, de leur côté, « doivent expérimenter des phases de production » comme la création de sites web, le montage d’une vidéo ou encore la réalisation de tâches concrètes sur un tableur.

« Le numérique facilite les apprentissages »

La réponse n’est pas si simple, répond André Tricot, professeur de psychologie cognitive à l’université Paul Valéry (Montpellier). Selon lui, chaque technologie nouvelle a généré des fantasmes, des enthousiasmes et des peurs. « Le numérique ne facilite pas directement les apprentissage : il peut être un atout dans certaines conditions pédagogiques ou une contrainte dans d’autres », souligne le guide. L’expert recommande d’accepter la révolution numérique « pour ce qu’elle est », à savoir une révolution récente, encore en cours, qui amène des transformations et un paysage contrasté. Pour lui, il faut également « se méfier de ses croyances, de ses convictions et de ses biais de confirmation ».

« Pas besoin d’appareils numériques à l’école, il y en a assez à la maison »

Cédric Fluckiger, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Lille, rappelle que les usages domestiques, souvent récréatifs, ne garantissent aucune compréhension des outils. « L’utilisation si simple des outils numériques ne doit pas faire oublier qu’il est nécessaire d’apprendre comment ils fonctionnent pour garder un usage éclairé », explique le kit. L’expert recommande, dans ce contexte, de profiter du temps scolaire pour travailler la relation homme/machine entre les élèves et les équipements numériques. Il est aussi recommandé de « penser le déploiement numérique à l’école sous un angle systémique, pas seulement comme une dotation en équipement ».

« Le numérique fait baisser le niveau des élèves »

Pour Corentin Gonthier, professeur des universités en psychologie du développement à l’université de Nantes, aucune étude ne montre une baisse de l’intelligence liée aux écrans : cette crainte relève d’une « diabolisation des nouvelles technologies ». Selon l’expert, il faut plutôt faire attention aux contenus diffusés pour qu’ils soient adaptés aux enfants. Il conseille aussi de « reconnaître qu’il y a plusieurs types de supports numériques qui peuvent avoir un effet bénéfique : ceux qui présentent un contenu éducatif, ceux qui permettent la création de liens sociaux avec d’autres jeunes ». Enfin, il appelle à rendre l’enfant acteur autant que possible, en privilégiant par exemple des supports interactifs, et à rester vigilant quant aux conséquences négatives indirectes (sédentarité, manque de sommeil, etc.).

« Les élèves s’informent mal et sont perméables au complotisme »

Anne Cordier, professeure des universités en sciences de l’information et de la communication, tempère : les jeunes développent une réelle préoccupation sur la fiabilité de l’information. « Considérer qu’un adolescent qui doute est un complotiste est un raccourci dangereux », assure-t-elle. L’experte recommande de travailler dès le plus jeune âge la culture des sources, particulièrement à l’école et au collège. Dans ce cadre, elle appelle les éducateurs à « créer des espaces de discussion autour des pratiques informationnelles des jeunes ».

Share.