EdTech : l’adoption des outils décolle mais leur visibilité patine

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Les grandes entreprises françaises adoptent de plus en plus les technologies éducatives, mais connaissent encore mal les acteurs qui les font émerger. C’est l’un des principaux enseignements du dernier baromètre d’EdTech France, réalisé avec le cabinet Discurv et avec le soutien de Bpifrance, de la Mission French Tech et de France Digitale. Orianne Ledroit, déléguée générale d’EdTech France, revient sur les tendances fortes de cette étude.

Votre dernier baromètre, mené auprès de 200 responsables formation et RH et 200 salariés, révèle que 54 % des responsables formation connaissent seulement quelques acteurs de l’EdTech française. Que vous inspire ce constat ?

Ce chiffre révèle un enjeu majeur pour les EdTech : celui de la visibilité. Deux raisons expliquent cette méconnaissance. D’abord, la grande diversité de la filière, qui, si elle reflète une vitalité entrepreneuriale, peut aussi complexifier sa lisibilité. Ensuite, l’évolution technologique fulgurante : en seulement trois ou six mois, des innovations impensables auparavant émergent. Cela impose aux acteurs de se former en continu, ce qui est un défi pour les directions formation. Pour y répondre, EdTech France publiera une nouvelle cartographie de la filière, non plus géographique, mais organisée par usages et cas concrets. L’objectif est de permettre aux DRH et directeurs de formation d’identifier les solutions adaptées à leurs besoins et d’entrer en contact avec les entreprises concernées.

71 % des responsables formation utilisent ou déploient l’intelligence artificielle. Peut-on déjà parler de maturité dans les usages ?

Il s’agit encore d’expérimentation. L’IA, au-delà même de l’EdTech, est encore en train d’être apprivoisée. Nous ne sommes pas encore dans des usages complètement installés dont l’efficacité serait éprouvée. En revanche, un autre chiffre est intéressant : 4 formations sur 10 sont aujourd’hui produites par de l’EdTech ou en e-learning. Cela montre que les solutions EdTech s’installent progressivement dans les achats des entreprises et deviennent de véritables partenaires des directions formation. Parmi les usages qui émergent, le copilote d’apprentissage est important : il permet un accompagnement personnalisé, avec des mises en situation, des tests de compétences et des feedbacks instantanés.

Selon le baromètre, les entreprises rationalisent de plus en plus leurs choix de solutions. Est-ce un risque pour les jeunes EdTech ?

Ce n’est ni une opportunité ni un risque : c’est un contexte qu’elles doivent prendre en compte. Même si les budgets de formation restent stables, les entreprises sont attentives à acheter des solutions utiles et efficaces. Cela n’empêche pas les jeunes EdTech de conserver des espaces pour innover et tester de nouvelles solutions. Cette rationalisation traduit aussi une forme de maturité : on commence à mieux identifier les situations où la technologie éducative est utile et efficace, et là où elle l’est moins. En revanche, les champions français doivent relever un défi : accéder à des marchés plus vastes pour poursuivre leur croissance, alors que les clients deviennent plus sélectifs et exigeants. Il existe encore une forme de plafond de verre que nous devons essayer de casser en favorisant les collaborations entre EdTech et grands groupes, à la fois sur des marchés d’envergure et sur des expérimentations.

La plupart des responsables formation (90 %) considèrent la souveraineté technologique comme stratégique. Est-ce désormais un véritable critère d’achat ?

Oui, cela devient un critère d’achat stratégique. Ce qui est nouveau par rapport à la précédente édition, c’est que cette exigence n’est pas seulement portée par les directeurs de formation : elle l’est aussi par les salariés. Ils sont 87 % à indiquer qu’ils sont plus à l’aise avec l’utilisation d’un outil français ou européen. La souveraineté s’impose, et c’est un argument très fort pour soutenir le développement des EdTech françaises dans les entreprises. La question de la souveraineté est d’ailleurs approfondie dans le deuxième numéro de notre Cahier de la souveraineté, récemment paru.

Les salariés sont 49 % à privilégier encore les formations en présence d’un formateur. Quel équilibre faut-il trouver entre présentiel, digital, hybride et IA ?

Penser qu’un seul modèle pédagogique peut tout promettre serait une erreur. Il faut opter pour l’EdTech là où elle est la plus efficace et la plus adaptée, et privilégier l’hybride ou le présentiel lorsque c’est nécessaire et utile. Face à la transformation et à l’obsolescence des compétences, nous aurons besoin de solutions de formation diversifiées et plurielles, capables de répondre à différents métiers et à différentes contraintes. Les EdTech ont donc un rôle à jouer dans les modalités où elles sont réellement nécessaires. Parmi leurs atouts, la personnalisation est particulièrement intéressante : près de la moitié des responsables formation considèrent qu’elles permettent de personnaliser les formations. Les salariés, quant à eux, sont près de 75 % à juger l’e-learning plus pratique, ce qui confirme aussi l’intérêt de l’adaptation de ce format aux situations de travail.

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