Quand l’IA sait tout, à quoi sert encore la formation ?

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Alors que l’intelligence artificielle peut désormais générer des contenus pédagogiques et répondre à une multitude de questions, la formation professionnelle doit repenser sa valeur ajoutée. Pour Emmanuel Gonzalez, Head of Training chez OVHcloud, l’enjeu est désormais de mesurer les compétences réellement acquises par les collaborateurs.

Si l’intelligence artificielle peut répondre à toutes les questions, à quoi sert encore la formation professionnelle ?

L’IA ne va pas remplacer la formation. Au contraire, l’utilité de celle-ci va être maintenant renforcée parce qu’il sera désormais possible de consacrer plus d’énergie là où il perdure un vrai besoin : l’acquisition des compétences plutôt que la production de contenus. Certes, l’IA permet aujourd’hui d’obtenir des réponses de grande qualité et de produire des présentations très convaincantes. Mais cela ne signifie pas que les collaborateurs maîtrisent les sujets ni qu’ils possèdent les compétences attendues. La formation doit justement permettre de vérifier cette acquisition et de démontrer son impact sur les enjeux de l’entreprise.

Comment l’IA peut-elle être utilisée dans ce sens ?

Chez OVHcloud, nous transformons progressivement nos formations à distance en dispositifs fondés sur la simulation, le feedback et l’apprentissage par l’erreur. L’objectif est de rendre les apprenants plus actifs, en leur permettant notamment de se tromper, de recevoir des retours personnalisés et de progresser. Prenons l’exemple de la thématique du RGPD : plutôt que de proposer le même module à tous les collaborateurs, quel que soit leur métier, l’IA permet de créer des mises en situation adaptées à leur contexte professionnel. Pour les formations en présentiel, elle peut également aider le formateur à évaluer le niveau initial des participants, à adapter le contenu proposé et à mesurer leur progression.

Ces nouveaux dispositifs permettent-ils de mesurer plus précisément l’efficacité de la formation ?

La personnalisation permet aux collaborateurs de recevoir des retours sur les compétences qu’ils maîtrisent et celles qu’ils doivent développer. Demain, nous serons ainsi en mesure de ne plus nous concentrer uniquement sur le nombre d’heures de formation ou le nombre de personnes formées mais sur la capacité des collaborateurs à monter en compétences. Grâce aux simulations et aux assistants IA spécialisés, nous pouvons mieux identifier les compétences de départ et vérifier celles qui ont été acquises à l’issue de la formation. Le manager peut ensuite valider leur mise en pratique sur le terrain. Il reste toutefois difficile d’attribuer directement à une formation une amélioration des résultats commerciaux par exemple, car de nombreux facteurs sont à prendre en considération. Mais nous sommes capables de déterminer si la formation a permis de développer la compétence visée.

La place croissante de l’IA dans l’apprentissage risque-t-elle toutefois d’affaiblir les compétences des collaborateurs ?

La dette cognitive est un véritable sujet. Nous pouvons gagner en productivité grâce à l’IA tout en devenant moins compétents si nous lui déléguons systématiquement notre réflexion. L’enjeu est donc d’apprendre à utiliser l’IA comme un copilote qui augmente l’intelligence humaine, non comme un outil qui fait le travail à la place du collaborateur. Je le constate aussi dans les équipes learning : lorsqu’une personne propose simplement de demander à l’IA de concevoir une formation, elle risque de passer à côté de la réflexion collective nécessaire. Il faut d’abord réfléchir au besoin, construire une réponse, puis utiliser l’IA pour l’améliorer. Les compétences humaines, notamment la capacité à prendre position et à exercer son jugement, restent essentielles.

Au-delà de ces enjeux pédagogiques, comment les responsables formation peuvent-ils intégrer l’IA de manière pertinente ?

Mon principal conseil est de commencer par identifier les difficultés rencontrées au quotidien et les besoins métier auxquels on souhaite répondre. Ce n’est qu’ensuite qu’il faut se demander comment l’IA peut aider à les résoudre intelligemment. Chez OVHcloud, nous avons notamment identifié les limites et les coûts de certaines solutions externes pour créer des simulations pédagogiques en interne. Nous avons donc développé des outils internes mieux adaptés à nos usages. L’IA peut ainsi faire gagner du temps. Mais son utilité ne doit pas se limiter à la productivité : elle doit surtout aider à prendre de meilleures décisions et à consacrer davantage de temps à la réflexion stratégique.

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