À l’heure où les compétences évoluent rapidement sous l’effet des transformations technologiques et organisationnelles, de plus en plus d’entreprises cherchent à mieux valoriser leur expertise interne pour former leurs équipes. Retours d’expérience de Safran et d’Intersport sur la manière dont ils structurent la transmission des savoirs en interne.
Dans la sphère de la formation, il devient capital d’accompagner les experts métiers dans la création de contenus de formation pour mieux accompagner l’évolution des compétences des équipes. « Nous faisons face à trois enjeux colossaux : les enjeux générationnels, les transformations de nos métiers – comme l’aviation décarbonée – et les évolutions sociétales. Tous provoquent de nouveaux rapports au travail. Nous avons ainsi constaté qu’il était important de sanctuariser les savoirs et les savoir-faire de l’entreprise. Le principe est simple : chacun sait quelque chose et peut participer à la création et à la transmission des savoirs », a ainsi expliqué Jean-Roch Houllier, directeur des opérations, de la pédagogie et du digital au sein du groupe Safran, dans le cadre d’un webinaire organisé par 360Learning. Chez Intersport, cette logique de transmission des savoirs est également clé. « Nos meilleurs experts sont nos vendeurs, nos responsables de rayon ou nos directeurs de magasin. Le rôle de notre académie n’est donc pas de créer une expertise nouvelle, mais d’organiser ce partage à grande échelle », a ajouté Salimou Dramé, digital learning manager chez Intersport.
Former au plus près du terrain
Chez Intersport, cette logique s’est instaurée de façon progressive : « Nous avons d’abord accompagné les collaborateurs qui souhaitaient créer des contenus, puis nous avons mis en place des rendez-vous réguliers pour les faire monter en compétences sur nos outils de formation et sur la pédagogie », explique-t-il. Concrètement, l’entreprise a structuré un réseau de formateurs composé de collaborateurs certifiés qui transmettent leur savoir-faire. « Notre objectif est de former les équipes au plus près de leur contexte métier, c’est pourquoi 90 % de nos formations sont réalisées en région ». Chez Safran, la démarche repose également sur un accompagnement. « Nous avons sélectionné des outils auteurs que nous mettons à disposition de plus de 750 auteurs dans nos 12 filiales. Chaque outil est associé à une formation obligatoire afin de garantir une bonne qualité pédagogique. Aujourd’hui, nous accompagnons les experts qui produisent les contenus », souligne Jean-Roch Houllier. Pour valoriser cette dynamique, le groupe organise tous les deux ans des « learning awards », « qui récompensent les meilleurs transmetteurs de savoirs, que ce soit pour l’animation présentielle ou la production de contenus digitaux. »
La force des formations développées en interne
Selon les acteurs de la formation, il faut accepter un compromis qualitatif. « Nous n’aurons jamais le niveau de finition de certaines grandes bibliothèques de contenus du marché, mais la force de nos formations est ailleurs : ce sont des contenus qui parlent couramment Safran puisqu’ils sont réalisés par nos experts. En revanche, cela suppose un véritable accompagnement pédagogique pour que leur expertise soit transmise efficacement », estime Jean-Roch Houllier. Salimou Dramé observe des bénéfices comparables : « Les formations sont beaucoup plus proches des réalités du terrain puisqu’elles sont créées avec ou par les experts. Elles peuvent aussi être produites beaucoup plus rapidement. Aujourd’hui, notre rôle a évolué : nous sommes toujours producteurs de contenus, mais aussi accompagnateurs, facilitateurs et créateurs des conditions de partage au sein du réseau. »
L’IA comme outil pour internationaliser la formation
Via la plateforme 360Learning, les équipes sont aidées par l’IA dans la réalisation de contenus. Au-delà du gain de temps pour concevoir des capsules pédagogiques et de la personnalisation des apprentissages, l’IA favorise le déploiement de formations à l’international. Mais avec des limites importantes. « Le digital nous aide énormément dans notre développement international, notamment grâce aux outils de traduction. Toutefois, il reste encore beaucoup à apprendre sur les dimensions culturelles et pédagogiques. Notre objectif est de pouvoir proposer les mêmes dispositifs de formation partout dans le monde, tout en tenant compte des spécificités locales », explique Jean-Roch Houllier. Salimou Dramé partage cette analyse à partir de l’expérience d’Intersport au Portugal, en Belgique et en Espagne : « Les outils permettent de traduire rapidement des contenus, mais nous nous sommes aperçus que ce n’était pas si simple. Les traductions automatiques ne prennent pas toujours en compte le contexte métier et certains formats, comme les vidéos, nécessitent encore beaucoup de travail. Il est indispensable de s’appuyer sur des interlocuteurs locaux capables d’adapter et de relire les contenus pour qu’ils soient réellement pertinents. »