Tribune : Le Rôle des Enseignants par Jean-Marie Cognet

Pinterest LinkedIn Tumblr +

L’année qui vient de s’écouler aura bousculé un grand nombre de routines du quotidien. Le télétravail devient la norme, les embouteillages ne suivent plus de logique, déjeuner au restaurant n’est plus qu’un lointain souvenir et les classes sont toutes devenues “virtuelles”.

De nombreux sujets ont été abordés concernant ce dernier point : qu’est-ce que l’hybridation? D’où vient le mal-être constaté chez les étudiants ? Quels outils sont les bons ? Comment articuler les cours à l’heure de la pandémie ?

Cependant, une question de fond se pose, au-delà de la situation contextuelle liée à la pandémie : à l’heure du numérique, nombreux sont les métiers qui évoluent, mais qu’en est-il de celui d’enseignant ?

Les comptables, les recruteurs et les juristes par exemple sont assistés par des algorithmes pour gagner en efficacité. Leur métier change.

Paradoxalement, on donne un cours magistral dans un Établissement d’Enseignement Supérieur de la même manière depuis des siècles. Un enseignant transmet son savoir, ses connaissances de manière unilatérale à une audience d’étudiants plus ou moins réceptive. On parle depuis longtemps de la classe inversée, des MOOCs, de la réorganisation spatiale des salles de classe et des initiatives fort intéressantes ont pu voir le jour, comme le réseau de LearningLab Network.

Nous avons une étudiante en alternance dans notre équipe. Je lui demandais l’autre jour comment s’était passée sa journée de cours. Sa réponse m’a horrifié… Elle avait suivi une visio Teams de 9h à 18h, avec une pause de 50 minutes pour déjeuner. Jusqu’ici pourquoi pas. Sauf que le contenu de ces 8h10 de visio consistait en un marathon de 7h de slides commentés par le professeur et d’une heure de travail de groupe pour finir la journée. Comment voulez-vous que nos étudiants restent concentrés tout ce temps ? Comment s’indigner d’une “Zoom fatigue” quand on se rend compte de cela ? La visio, le cours à distance, c’est beaucoup plus fatiguant qu’une session présentielle, cela demande plus de concentration et les tentations de faire autre chose ne manquent pas.

Parallèlement à tout cela, un nouveau métier capital  s’est affirmé dans nos Établissements d’Enseignement Supérieur depuis une dizaine d’années, celui d’ingénieur pédagogique. Leur rôle est d’accompagner les enseignants vers des pratiques digitales en phase avec les attentes d’étudiants dits “Digital Natives”, c’est-à-dire qui ont toujours eu un écran pas loin d’eux depuis leur plus tendre enfance.

De par mon rôle de co-fondateur et PDG d’UbiCast, cela fait plus de 10 ans que j’ai l’opportunité de discuter avec les équipes d’ingénierie pédagogique en France et à l’international. Ce que l’on constate c’est qu’il y a une répartition 20/20/60 chez les enseignants.

20% d’entre eux sont des moteurs d’innovation pédagogique. Ils tentent, expérimentent, vont au-delà de ce que leur établissement met à leur disposition en termes d’outils et de pratiques. Ils comprennent les leviers qui permettent d’accrocher, engager, passionner leurs étudiants.

20% des enseignants sont extrêmement réticents au changement de leurs pratiques. Ils ont toujours fait ainsi et ne voient pas pourquoi ça devrait changer. Pire encore, ils pensent que leurs salles de classe vont se vider s’ils digitalisent une partie de leurs cours, que leur métier va disparaître car on les aura enregistrés et que nous n’aurons plus besoin d’eux.

60% du corps professoral enfin ne savent pas vraiment se situer entre ces deux cohortes convaincues de leurs approches.

Et l’âge n’a rien à voir avec cette répartition…

Personnellement, je suis persuadé que le métier de l’enseignant doit changer afin d’accompagner les étudiants d’aujourd’hui vers un succès scolaire, qui lui-même doit leur permettre de s’insérer professionnellement. Tout ce que je souhaite aux étudiants d’aujourd’hui c’est de pouvoir s’épanouir dans leur vie professionnelle future, car au final, on passe beaucoup de temps de sa vie au travail, alors autant s’y plaire !

En quoi doit-il changer selon moi ? C’est assez simple. Je pense que l’enseignant doit passer d’un rôle de transmetteur à un rôle d’animateur.

Les parties magistrales du cours devraient être proposées en asynchrone aux étudiants, pour qu’ils puissent apprendre à leur rythme, où ils le souhaitent, quand ils le souhaitent. Les temps synchrones, en présentiel ou à distance, seraient réservés à des échanges, du questionnement, des travaux de groupe, des études de cas. Tout cela pour pratiquer les concepts théoriques appris en amont.

Concrètement, il faudrait revoir les parties magistrales des cours, celles que l’on délivre durant des amphis de 3 heures, pour les adapter pédagogiquement et produire une succession de séquences vidéo courtes, de 10-15 minutes maximum.

On mettrait ces parcours à disposition des étudiants sur le LMS, tel que Moodle, en leur donnant une date limite pour les avoir travaillés.

Viendrait ensuite la séquence synchrone, interactive, qui permet d’ancrer ces connaissances théoriques avec de la pratique.

J’ai bien conscience que je ne vous propose aucune révolution, mais une feuille de route précise et détaillée, avec l’implication du corps professoral dans sa rédaction, permettrait à un établissement de faire un grand pas vers une approche pédagogique en phase avec notre époque et surtout son public, à savoir ses étudiants !

Jean-Marie Cognet

A propos de l’auteur

Jean-Marie Cognet est co-fondateur et CEO d’UbiCast. Diplômé de l’ESSCA, Ecole de Management, en 2006, il rejoint rapidement l’aventure entrepreneuriale en 2008. Avec plus de 10 ans d’expérience dans le secteur des EdTech, il a accompagné le développement d’UbiCast en France et à l’International, et s’est forgé une solide connaissance du secteur, de ses pratiques et ses challenges. Jean-Marie Cognet est également un membre de la première heure de l’association EdTech France et a été administrateur pendant 5 ans de l’association Silicon Sentier, devenue Numa.

Share.