Enseignant d’histoire-géographie à l’Institution Sainte-Marthe Saint-Front (Bergerac), formateur d’enseignants et créateur de podcasts pédagogiques, Arnold Desaintjean a régulièrement recours à l’intelligence artificielle pour corriger ses copies. Non pour gagner du temps, mais pour fournir des commentaires plus précis à ses élèves.
Longtemps perçue comme une menace pour le métier d’enseignant, l’intelligence artificielle peut aussi devenir un atout lorsqu’elle est utilisée de manière réfléchie et éthique. Dans le domaine de l’évaluation, elle peut notamment aider les enseignants à fournir des retours plus détaillés et personnalisés. C’est pour ces raisons qu’Arnold Desaintjean, enseignant d’histoire-géographie, s’est tourné vers cette technologie. « J’utilise régulièrement l’outil EvalIA parce qu’il s’agit d’une solution proposant des retours détaillés et personnalisés pour les élèves, avec un abonnement accessible. J’avais auparavant testé d’autres outils, notamment pour enregistrer des feedbacks vocaux. Mais cette approche s’est révélée peu efficace : seuls 20 % de mes élèves prenaient le temps d’écouter mes commentaires, alors que leur enregistrement me demandait un investissement considérable », explique-t-il. EvalIA lui est donc apparu comme une alternative plus pertinente, non pas parce qu’elle corrige plus vite les copies, mais parce qu’elle améliore la qualité des retours adressés aux élèves.
Pas de gain de temps
Concrètement, l’outil qu’il a choisi d’adopter permet aux enseignants de corriger leurs copies de façon manuelle ou de s’appuyer sur une pré-correction réalisée par l’IA. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’IA ne lui fait pas gagner de temps dans la correction. Corriger une pile de copies lui prend sensiblement le même temps qu’auparavant. « En revanche, l’IA produit des feedbacks beaucoup plus riches que ceux que je rédigerais à la main. Là où je me contentais parfois d’un simple signe dans la marge ou d’une remarque succincte, l’outil génère un commentaire explicatif détaillé », souligne-t-il. Il configure également l’IA pour adopter un ton proche du sien (par exemple en tutoyant les élèves) et surtout pour ne pas leur donner directement les réponses : « Les commentaires les orientent vers les notions à retravailler. L’idée est qu’ils construisent eux-mêmes leur correction. »
Des feedbacks suivis de travaux en classe
Par ailleurs, son usage de l’IA s’inscrit ici dans une démarche pédagogique. Après avoir reçu leur copie accompagnée des feedbacks imprimés, les élèves travaillent en classe, souvent en petits groupes ou en binômes, pour corriger leurs erreurs à partir des indices fournis par l’IA. Selon les évaluations, ce travail peut même leur permettre de récupérer quelques points. « Par ailleurs, dans mon collège rural de Dordogne, les élèves n’utilisent pas directement la plateforme d’IA. D’une part parce que le cadre réglementaire limite l’usage de l’IA avec les plus jeunes, d’autre part parce que tous ne disposent pas des équipements nécessaires. Les échanges autour des corrections se déroulent donc intégralement en présentiel », ajoute-t-il.
Un usage qui nécessite d’entraîner l’IA
Enfin, avant même la correction, l’enseignant prépare soigneusement le travail de l’IA. Il dépose dans l’outil le sujet, la correction attendue ainsi que des critères d’évaluation très précis. L’objectif est de veiller à ce que l’évaluation soit parfaitement alignée avec les objectifs de son cours. « Une première copie sert ensuite à ajuster les paramètres : je demande par exemple à l’IA d’être moins sévère, de modifier son style rédactionnel ou encore de reformuler certains commentaires. Une fois ces réglages effectués, j’importe l’ensemble des copies de la classe après les avoir photographiées de manière anonymisée », indique-t-il.
L’enseignant pointe aussi les progrès sans cesse réalisés par l’IA en matière de correction, notamment pour la reconnaissance de l’écriture manuscrite. « Je note toutefois que mon enthousiasme est loin d’être partagé par tous les enseignants. Beaucoup restent plus prudents ou moins enclins à adopter ces nouveaux outils », conclut-il.