Parcoursup : le miroir des inégalités face à l’orientation

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L’orientation scolaire est une source de tensions pour de nombreux lycéens. Manque d’informations et d’accompagnement, poids des déterminismes sociaux ou de genre… La liberté de choisir son parcours reste inégale. Cette « orientation subie » interroge en profondeur le fonctionnement du système éducatif français, selon Amel Hammouda, directrice générale de l’association Article 1.

À quel moment les jeunes commencent-ils à subir leur orientation plutôt qu’à la choisir
librement ?

L’orientation subie peut débuter dès le plus jeune âge, notamment à cause des stéréotypes de genre ou des inégalités sociales. Par exemple, les filles, bien qu’elles obtiennent souvent de meilleurs résultats en mathématiques, sont encore trop souvent découragées de s’orienter vers des filières scientifiques ou technologiques. Cependant, c’est surtout au lycée, lors du choix des spécialités et des vœux sur Parcoursup, que cette pression se concrétise. L’association Article 1 agit à ce stade clé pour aider les jeunes de milieux populaires à briser les déterminismes sociaux et géographiques. Il faut qu’ils puissent choisir leur avenir en fonction de leurs aspirations et non de leur origine.

Quels sont les principaux freins à une orientation choisie pour les jeunes de milieux défavorisés ?

Ils rencontrent trois obstacles majeurs. D’abord, ils ne peuvent souvent pas compter sur un réseau familial informé pour les guider dans leurs choix d’études supérieures, leurs parents n’ayant pas toujours connu ce parcours. Ensuite, les contraintes économiques jouent un rôle important : coût des études, frais de déplacement pour les concours ou encore difficulté à assumer financièrement une formation onéreuse. Enfin, une barrière sociale et culturelle les freine : ils vivent dans la peur de ne pas avoir les codes ou de se sentir décalés dans un environnement favorisé. Cette « triple peine » crée une autocensure où les compétences existent, mais où la confiance en soi fait défaut.

Pourquoi Parcoursup est-il souvent critiqué alors qu’il vise à démocratiser l’accès aux études supérieures ?

La plateforme Parcoursup n’est en réalité qu’un symptôme des inégalités préexistantes. Elle a pour ambition d’élargir l’accès à l’enseignement supérieur en offrant un large choix de filières. Cependant, son usage suppose que les lycéens sachent naviguer parmi ces options et maîtrisent les codes pour postuler efficacement (classement des vœux, rédaction des lettres de motivation, etc.). Or, sans un accompagnement adapté en amont, les jeunes les moins informés, souvent ceux qui sont issus de milieux défavorisés, se retrouvent désorientés. Leur stress ne vient pas tant de la peur de l’échec que de celle de faire le mauvais choix par manque de repères.

Que changeriez-vous dans le système éducatif pour que l’accompagnement soit meilleur ?

Il faudrait d’abord sanctuariser les 54 heures recommandées par le ministère de l’Éducation et dédiées à l’orientation au lycée et les rendre obligatoires. Actuellement, le temps consacré à l’orientation est souvent insuffisant dans les établissements les moins favorisés. Par ailleurs, une formation systématique des enseignants et des psychologues de l’Éducation nationale est indispensable. Il est aussi crucial d’agir dès le collège pour sensibiliser les jeunes, notamment les filles, aux filières scientifiques et technologiques, en luttant activement contre les stéréotypes de genre. Enfin, il faudrait généraliser l’accès à des outils pédagogiques adaptés et à des programmes de mentorat pour que chaque jeune, quel que soit son milieu, puisse bénéficier d’un accompagnement personnalisé.

Quels sont vos projets pour réduire les inégalités d’orientation ?

L’association Article 1 fait intervenir, dans les classes de lycée, des étudiants issus des mêmes milieux que les lycéens. Ces derniers partagent leur parcours pour montrer que tout est possible, même sans capital culturel ou social. L’association propose également des outils numériques gratuits comme des tests de personnalité et une mise en relation avec des étudiants bénévoles pour répondre à des questions concernant le logement ou financement des études. Nous venons aussi de repenser notre plateforme Inspire : elle propose des vidéos courtes et des groupes de discussion thématiques. Enfin, nous renforçons notre programme de mentorat. L’objectif est de combiner outils technologiques et accompagnement humain pour aider chaque jeune à mûrir son projet en toute confiance.

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