Le parcours de Morgane Tremois est marqué par une rupture précoce avec le système scolaire, qu’elle a quitté après plusieurs années de difficultés liées à une anxio-dépression sévère qui n’a pas été suffisamment accompagnée. Comédienne et intervenante en santé mentale, elle animera un atelier de sensibilisation lors du Learning Show, qui se tiendra à Rennes en octobre 2026.
Pourquoi avez-vous quitté le système éducatif ?
Mes premières difficultés sont apparues au collège, en classe de quatrième, sous la forme d’un syndrome d’anxiodépression, c’est-à-dire une anxiété sévère associée à une dépression. Cette maladie se traduisait par des troubles de la concentration, une perte de motivation, une crainte des évaluations et, finalement, de mauvaises notes. J’ai toutefois poursuivi ma scolarité jusqu’à la troisième, bien que ma présence soit devenue très irrégulière, et j’ai pu obtenir mon brevet. Mon entrée au lycée a ensuite été marquée par une rupture progressive : une première seconde interrompue après quelques mois, puis une seconde tentative écourtée après quelques semaines seulement. Après cette période, j’ai décidé de mettre fin à ma scolarité.
Comment votre situation a-t-elle été prise en charge à l’école ?
Au collège, je ne peux mentionner que le rôle de l’infirmière scolaire, qui me proposaient des temps de repos à l’infirmerie et qui a également alerté mes parents lorsque mon mal-être s’est aggravé. Aucun suivi pédagogique structuré n’a été mis en place pour m’éviter le décrochage. Au lycée en revanche, certaines adaptations m’ont été proposées, comme un accès plus fréquent à l’infirmerie pour apaiser mes crises, un encadrement lié à mes traitements (afin de prévenir tout risque de surdosage), ainsi que la suppression de certaines matières choisies par mes parents pour alléger mon emploi du temps. Par contre, le lycée ne m’a proposé aucune solution pour rattraper les cours manqués ou assurer un suivi régulier de mes apprentissages. Je ne pouvais que compter sur certains de mes camarades.
Qu’est-ce qui vous a conduit à quitter définitivement le lycée ?
D’abord la dégradation progressive de mon état. Le manque d’interactions sociales et les difficultés à travailler ont renforcé mon isolement. Malgré la visibilité de ma souffrance (y compris en classe, où je faisais souvent des crises d’angoisse), aucun accompagnement scolaire n’a été mis en place pour permettre une continuité de mes apprentissages. Mes absences se traduisaient par une accumulation de retard que je devais également gérer seule. De manière générale, les professeurs ne me prêtaient aucune attention, y compris lorsque j’étais si mal dans ma peau que je me scarifiais en classe. Après un bref passage par le Cned (Centre national d’enseignement à distance), qui a été difficile en raison de l’absence totale de lien humain, j’ai malheureusement fini par interrompre ma scolarité.
Vous êtes aujourd’hui comédienne. C’est donc en dehors du lycée que vous avez pu construire une trajectoire de vie…
C’est au lycée que j’ai développé ma pratique théâtrale, au Conservatoire de Rennes. Après ma déscolarisation, j’ai intégré un parcours d’accompagnement proposé à Rennes par Myker, un dispositif qui s’adresse à des personnes souffrant de troubles de l’humeur. Pendant trois mois, j’ai participé, deux fois par semaine, à des ateliers en petit groupe réunissant une dizaine de jeunes. Au programme : art-thérapie, yoga, ateliers de retour à la vie active et accompagnement à l’insertion professionnelle. Alors que je vivais dans un fort isolement au lycée, cette expérience en dehors de l’école a été un tournant majeur dans mon parcours : elle m’a permis de retrouver un cadre d’évolution, de rencontrer d’autres personnes et d’amorcer un processus de reconstruction de soi.
Vous animez aujourd’hui des ateliers sur la santé mentale auprès de publics variés. Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux professionnels de l’éducation ?
Avec le recul, je suis sûre que ma sortie du système scolaire est autant liée à la détérioration de ma santé qu’à l’insuffisance de dispositifs de prise en charge globale. Je considère qu’un accompagnement plus structuré, notamment autour du rattrapage des cours ainsi qu’un meilleur suivi pédagogique auraient pu changer ma trajectoire. Aujourd’hui, je me sens mieux accompagnée sur le plan personnel et professionnel, ce qui me permet d’animer des ateliers et de développer mon activité artistique, en tant que comédienne. Si je devais adresser un message aux enseignants, ce serait pour leur demander de mieux se former à la santé mentale des jeunes, de savoir repérer les signes de détresse et surtout de proposer des dispositifs d’accompagnement au-delà de la seule prise en charge médicale.